Aubigny-sur-Nère : étudiant, salarié et engagé

ob_7dbb07_dorian-mellot-001-21Ce candidat communiste de vingt et un ans a été choisi comme tête d’une liste d’union de la gauche pour affronter le maire UMP d’Aubigny-sur-Nère (Cher). Étudiant et salarié, il a axé sa campagne sur le besoin urgent de services publics.

Devant l’hôtel de ville, ancien château des Stuart d’Écosse, Dorian Mellot salue une habitante en la conviant, le soir même, à la réunion publique de la liste Alternative citoyenne à Aubigny-sur-Nère (Cher). « Il faut venir ce soir, nous allons présenter nos propositions. » Souriant, décontracté, vêtu de noir, Dorian Mellot, militant communiste et du Front de gauche, âgé de vingt et un ans, a été désigné tête de liste. Pourquoi Aubigny ? « Mais parce que j’y suis né ! Parce que j’aime ma ville et que je suis persuadé qu’elle a besoin de changement », s’exclame-t-il comme une évidence.

Étudiant en deuxième année de droit-histoire à l’université d’Orléans et salarié, « comme 70 % des étudiants », au Carrefour Market d’Aubigny, Dorian Mellot a déjà plusieurs années de militantisme derrière lui. Même si l’entrée en politique s’est faite avec circonspection. Sa filiation lui offrait le choix : un grand-père paysan de droite et un autre ouvrier de gauche. Autant dire que les déjeuners familiaux du dimanche étaient animés. « Au moins il y avait du débat, ce qui n’est pas vraiment le cas de cette campagne électorale à Aubigny », tacle le jeune candidat, faisant allusion aux récentes attaques de son adversaire Michel Autissier, maire UMP, sur « l’inexpérience et l’incapacité » de la liste de gauche.

Sa première bataille : les retraites

Dorian Mellot a pris son temps. En conscience. Et les cours de sciences économiques au lycée de Vierzon n’y sont pas pour rien. Smith, Ricardo, Say, Malthus, Walras, Keynes… Toutes les options d’organisation économique du travail ont été passées au peigne fin. Mais ces enjeux de politique économique prennent définitivement sens lorsqu’il étudie la pensée marxiste. Voilà pour la théorie. Quant aux travaux pratiques, ils tombent à pic avec le mouvement social contre la réforme des retraites d’octobre 2010. « On a été un des 29 premiers lycées bloqués », se souvient-il. La retraite, drôle de lutte pour un lycéen de dix-sept ans. « Eh bien non, pas du tout. On se tuait à expliquer aux autres élèves que nous avions intérêt à défendre les retraites puisque cela avait un impact direct sur notre propre accès au marché du travail. »

Dans les manifestations, il se frotte au monde des syndicats, observe attentivement ceux qui garnissent les cortèges. « Le milieu cégétiste était en force. Le Parti communiste aussi. Mais je n’ai pas adhéré tout de suite. Je pensais que mon sentiment de révolte se résoudrait par le métier que je choisirais. Je songeais à la magistrature. Mais, finalement, je me suis dit que ce n’était pas le plus efficace. » Pragmatique, Dorian vise le métier d’inspecteur du travail. « Rien de plus direct pour s’attaquer aux injustices sociales. Pour un fils d’ouvriers, on ne peut pas faire mieux, non ? »

« Un million d’euros pour une place et pas un service public »

En 2012, après avoir mûri son choix, cet adepte des dates symboliques finit par adhérer au PCF, le 1er mai. Puis tout s’enchaîne. Il milite activement au côté du communiste Yannick Bedin pour les législatives dans le Cher. Adhère en 2013 au Mouvement jeunes communistes et s’engage dans le syndicalisme avec Solidaires étudiants. Ses colistiers le désignent comme tête d’une liste d’union de la gauche. « Tout le monde trouvait bien que ce soit un jeune. J’ai accepté le job », dit-il modestement. Première bagarre : trouver des soutiens. Il se démène pour convaincre 29 personnes. « Ça n’a pas été facile mais on a réussi », se réjouit-il.

Dans la ligne de mire de Dorian Mellot, la gestion contestable du budget de cette petite ville de 5 600 habitants. « Regardez ces pavés sur lesquels marchent les gens. Ils viennent de Chine. Pour un maire qui prétend soutenir les artisans locaux, ce n’est pas la panacée. Il a refait la place du marché pour 1 million d’euros. Et il a également fait construire un haras, qui a coûté à la ville 1 million d’euros, alors que des services publics, il n’y en a quasiment pas », s’emporte-t-il. À mi-chemin entre Bourges et Orléans, Aubigny souffre d’un manque de transports publics. « La question de la mobilité pour le travail est incontournable. On a un bus le matin et le soir pour aller à Bourges. Ce n’est pas suffisant. On est dans un coin oublié. Sans voiture, personne ne s’en sort, même pas moi ! Avec mon CDI de Carrefour, je gagne 250 euros par mois. Ça me permet tout juste de payer mon loyer, l’alimentation, l’essence de ma voiture et mon Code civil », argumente Dorian, qui jongle entre l’université, son emploi de caissier et ses réunions militantes.

Les bus, lune régie publique de l’eau et le quotient familial

Pour la ville elle-même, le réseau de bus est inexistant. Les quelques minibus de la mairie sont prêtés au compte-gouttes aux associations. « Quid des quartiers éloignés du centre-ville comme le Domaine d’Aubigny ? Les personnes âgées sont les premières frappées par les difficultés de déplacement mais il y a aussi les élèves et les salariés pour rejoindre les écoles et les lieux de travail. Il faudrait créer un petit réseau à l’échelle de notre ville à partir des minibus existants. »

La bataille de l’eau et de sa gestion publique, c’est l’autre pilier de son programme. « Avec la victoire juridique remportée par le conseil général des Landes, qui a le droit de soutenir les communes optant pour une gestion publique de l’eau, on peut espérer que ce sujet soit enfin posé en termes d’intérêt général. » À Aubigny-sur-Nère, c’est Veolia qui possède le contrat de délégation jusqu’en 2021 et le mètre cube coûte 3,81 euros. « Avec une consommation moyenne, la facture s’élève à 300 euros. Si on passait en régie publique, on pourrait faire baisser la facture de 20 à 45 %. Ce n’est pas négligeable », calcule Dorian.

Fils d’un chauffeur-livreur et d’une monteuse soudeuse en bijouterie, il n’hésite pas à critiquer le refus persistant du maire et des « élus notables locaux » de pratiquer le quotient familial. « Pour les services liés à l’enfance et à la jeunesse, cela permettrait un accès égal à tous aux activités culturelles et sportives, sans que les familles soient handicapées par leur niveau de revenu », lance-t-il. Les pieds sur terre, Dorian Mellot reste lucide sur le vote : « La Sologne est une terre de mission pour la gauche et cette liste a pour ambition de remobiliser des citoyens. Quelle que soit l’issue du vote, nous avons déjà accompli une étape en nous rassemblant. Si nous entrons au conseil municipal, nous nous battrons pour obtenir des avancées et faire redescendre les informations, c’est une condition de démocratie. »

Ixchel Delaporte

photo Olivier Coret

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