Carte d’identité, autonomie et partage

fb mediatheque stains004Aller chez le médecin, se rendre seule à la poste, remplir des formulaires administratifs, chercher du travail… en chaque début d’année scolaire, les femmes détaillent leurs activités. C’est en fonction de ces demandes que Baya Zerkani, coordinatrice du centre social, adapte ses cours de français pour parvenir à « l’acquisition de l’autonomie ». Et appliquer ces connaissances à la vie quotidienne. L’usage de l’ordinateur en fait partie. Tous les mardis matin, de 10 heures à midi, une dizaine de femmes se rendent à la Maison du temps libre, où les locaux du centre social côtoient ceux de la médiathèque. C’est au premier étage, dans la salle Internet attenant à la bibliothèque, que se tient le cours d’initiation à l’informatique. L’exercice, ce matin-là, consiste à restituer sur l’écran les données de la carte nationale d’identité  : nom, prénoms, date et lieu de naissance, adresse…

« C’est plus qu’une inititation à l’informatique »

Assises face aux ordinateurs, Malika, Zahra, Fatima, Mama et les autres écoutent les instructions de Baya et de Florence, une des bibliothécaires. Pour la plupart de ces femmes, cet atelier leur permet de souffler et de sortir de chez elles. Malika vit à Stains depuis trente et un an et fréquente le centre social depuis quatre ans. « Moi, je ne suis pas allée à l’école », dit-elle en cherchant la touche « entrée » sur le clavier. Elle connaît les lettres, parvient à lire, mais l’usage de l’ordinateur lui est pénible. « Je viens pour prendre l’habitude d’écrire dans les cases et pour remplir les formulaires mais ce n’est pas facile  ! » Florence intervient pour l’aider  : « On va écrire les prénoms de tes trois enfants et à chaque fois, tu iras à la ligne. » Fatima explique qu’elle n’a pas beaucoup d’occasions de sortir et qu’elle non plus n’a jamais pu aller à l’école. « Ça fait belle lurette que je viens au centre social. On commence des cours puis on arrête… À ce rythme-là, je vais apprendre à taper sur l’ordinateur pour la retraite  ! » dit-elle en éclatant de rire. Baya s’approche de Malika, qui écrit son pays de naissance  : « Regarde, tu as cinq lettres dans Maroc et puis c’est en majuscules. » Concentrée sur son écran, Mama vient au centre social depuis quelques mois. Avant, elle vivait à Montreuil avec son mari et ses trois enfants. Femme de ménage, elle est aujourd’hui au chômage et se dit qu’apprendre à se servir de l’ordinateur peut l’aider à trouver du travail. Plus qu’une simple initiation à l’informatique, ce moment d’échanges leur permet, selon Florence, « de vaincre leur timidité, de prendre confiance et de s’exprimer sans avoir peur de mal parler ».

 

Ixchel Delaporte

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