Ce bus qui soignent les dents des plus démunis

 

Un bus dentaire social sillonne Paris et la région parisienne pour apporter des soins d’urgence aux plus démunis.

Toc, toc… «Oui ! entrez», lance Katia, avec sa blouse rose d’assistante dentaire. Un VRP se présente pour proposer des produits dentaires à la vente. Katia l’interrompt : «Si c’est pour donner, d’accord. Nous aidons les personnes démunies, donc soit vous nous offrez des produits, soit vous vous êtes trompé de porte. Nous sommes des rats d’égoûts ». Le VRP repart bredouille. Dans le bus social dentaire, tout est don. Posté aux abords de Médecin du monde, rue des Blés à Saint-Denis, le grand bus blanc est un cabinet dentaire mobile entièrement aménagé pour prodiguer des soins d’urgence et de qualité.

Ce jeudi, c’est Laurence Biaggi, une dentiste parisienne qui est de permanence, entourée par l’équipe salariée, David Hubert le chauffeur, Katia Saidi, assistante sociale et dentaire, et Valérie Maximin, coordinatrice du projet. Tout est chronométré, à part le temps du soin. Les personnes s’inscrivent sur une liste d’attente dans la salle de Médecins du monde, par ordre d’arrivée. Certains patientent depuis 7 heures du matin. D’autres arrivés dans la matinée, devront revenir la semaine suivante.

Saad, 42 ans, monte doucement les escaliers situés à l’arrière du bus. Il se tient la joue. A l’entrée, un petit siège fait office de salle d’attente. En face, une salle d’eau. Suit le micro bureau, où les dossiers sont enregistrés par Valérie. «Entrez Monsieur, on va vous examiner.» Saad, ouvrier dans la bâtiment, pénètre dans le cabinet dentaire. Un mur de petits tiroirs se dresse avec une foule de fournitures : daviers sagesses, daviers molaires, fluor protector, prémolaires, incisives. Saad  s’installe sur un fauteuil dentaire dernier cri. La chirurgienne dentiste l’examine. Saad a un gros abcès. «Il faut le mettre sous antibiotique. Je vais faire un détartrage et il reviendra la semaine prochaine pour une extraction», explique le docteur. Valérie prépare l’ordonnance, pendant qu’un deuxième patient arrive accompagné par David. Saad, lui, repart avec les médicaments gratuitement et un deuxième rendez-vous. 

 

« Notre optique c’est de les soigner et de les remettre dans le circuit de santé »

La charte de cette association unique, qui a fêté ses vingt ans l’année dernière, répond à un constat, celui du renoncement massif des plus démunis aux soins bucco-dentaires. «Les dents, ce n’est pas la priorité, quand il faut chercher à manger ou à se loger de la veille pour le lendemain», précise Katia Saidi, l’assistance sociale. «Les gens attendent d’avoir très mal pour venir. Il joue la débrouille, poursuit Valérie Maximin, entre deux inscriptions. On les reçoit lorsqu’ils ne peuvent plus supporter la douleur. Donc, notre optique, c’est de les soigner mais surtout de les remettre dans le circuit de santé en les orientant vers l’aide médicale d’Etat et vers les structures adéquates». Une jeune maman avec sa fille de un an attend dans la salle d’attente. Valérie s’inquiète de sa situation. Depuis trois semaines, Ouarda a une boule de pue sur la joue, au niveau de la dent qui la fait souffrir. C’est dans l’hébergement d’urgence à Aulnay-sous-Bois qu’elle occupe depuis un mois avec sa petite qu’elle a entendu parler de cette consultation à Médecins du monde. Lorsqu’elle montre sa joue gonflée, la dentiste secoue la tête. «Ca fait trois semaines ? Vous ne pouvez pas rester comme ça, cela peut être très grave. On va faire une radio», explique-t-elle. Une fois la radio effectuée, l’affaire s’avère plus compliquée que prévu. «C’est une cellulite fistulisée à la joue droite.» La dentiste préconise une radio panoramique dans un service de stomatologie au sein d’un hôpital. Par précaution, elle administre un antibiotique. C’est Katia Saidi qui se charge de contacter un hôpital pour décrocher un rendez-vous au plus vite. En écrivant une lettre de recommandation, la dentiste s’adresse à Ouarda : «Même si vous sentez que ça va mieux avec les médicaments, vous devez y aller dès aujourd’hui. L’infection peut se compliquer et il y a un risque de septicémie». La jeune femme acquiesce, silencieuse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des patients qui dorment dans la rue

Pour cette dentiste qui exerce bénévolement deux fois par mois depuis cinq ans, ces soins sont ceux de la dernière chance. «Ce ne sont pas les mêmes problématiques que les patients des cabinets de ville. Il faut toujours avoir en tête qu’ils n’auront pas un suivi. On supprime la douleur et l’infection. On essaie aussi, quand on peut, de sensibiliser sur l’hygiène et sur les risques.» L’équipe du bus social dentaire est souvent confrontée à une population qui ne parle pas le français et qui dort dans la rue. Les problèmes dentaires révèlent souvent d’autres pathologies. Deux jeunes hommes africains entrent dans le bus. Ces sont des réfugiés qui dorment dans la rue. «Ils ont sans doute des puces et la galle mais ils sont heureusement sous traitement», glisse Valérie. Aucun des deux n’a entendu parler de l’aide médicale d’Etat, à laquelle ils sont pourtant éligibles puisqu’ils sont en France depuis plus de trois mois. Valérie leur explique. Ils assurent qu’ils entameront les démarches. 

Le rythme des consultations est soutenu. Une quinzaine de personnes ont été vues à Saint-Denis. Après la stérilisation des outils, David, le chauffeur titulaire du permis poids lourd, ramènera le bus à l’hôpital de Nanterre où il stationne. Pour repartir aux aurores, comme chaque vendredi, sur une mission de prévention bucco-dentaire auprès d’autres publics fragilisés.

 

Ixchel Delaporte

photos Magali Bragard

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