Des lycéens d’Aubervilliers à la conquête de Cuba

Depuis deux ans, une classe de terminale S du lycée Le Corbusier, à Aubervilliers, étudie l’histoire, la langue et la culture cubaines avec leur professeur d’espagnol. Il leur manque encore des fonds pour réaliser le voyage. Rencontre.

«Dans un voyage, le plus long est de franchir le seuil.» Ce proverbe latin va bien aux élèves d’une classe de terminale S du lycée Le Corbusier à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Avec détermination et persévérance, ils se sont investis comme jamais, depuis deux ans, dans le projet baptisé «Soy de Cuba» (1). C’est avec leur professeur d’espagnol, Veronica da Mota, que l’idée d’un voyage de classe est née. Pourquoi Cuba ? «Et pourquoi pas !» répond avec fierté une élève. Première étape de l’aventure : creuser l’histoire cubaine, les enjeux géopolitiques, l’embargo auquel l’île est soumise, les tickets de rationnement, la double monnaie, la figure symbolique du Che, la salsa, les «balseros» (ces Cubains qui essaient de rejoindre les États-Unis à bord de radeaux de fortune)… Les lycéens sont ensuite passés à l’action en fabriquant un reportage fouillé pour raconter l’actualité de l’île «en forme de crocodile» et la vie quotidienne de ses habitants. «On y a passé des heures, explique Naïma. Parfois, je restais à faire du montage jusqu’à 3 heures du matin. En fait, on n’a pas compté notre temps. Pour filmer certaines séquences de manière stable avec le téléphone portable, on a même inventé un système avec une boîte à sel, à la cubaine ! » lance-t-elle avec humour. Il y a aussi la langue, qui, pour nombre d’entre eux, est devenue familière. « Le projet pédagogique a permis à chacun de vaincre les peurs sur la prise de parole, et surtout en espagnol. Les élèves ont fabriqué un journal télévisé en espagnol et écrit et réalisé un scénario de telenovela, Ernesto y Ana ! Évidemment, c’est très important pour le bac. Sur les cinq minutes d’exposé, ils auront tous beaucoup à dire», rebondit Veronica da Mota, professeur d’espagnol. Loin des îles paradisiaques et des clichés, Aghilas, Kimberley, Aïssatou, Soraya, Gaëlle et les autres veulent la regarder de près après l’avoir étudiée. « Les Cubains n’ont pas beaucoup d’argent mais pour eux le respect et la solidarité c’est essentiel. On sait aussi que les jeunes de notre âge ont un accès restreint à Internet et que parler politique, c’est facile pour personne», poursuit Rofeida. Les élèves auront un échange épistolaire avec des jeunes Cubains de La Havane. Pour ensuite créer un jeu de société de découverte de chacune des cultures. Face à un tel enthousiasme, les parents, malgré les craintes sur la traversée de l’Atlantique, acceptent de laisser partir leur progéniture. Et Kimberley de conclure : «C’est une fois dans notre vie ! C’est un rêve qu’on espère réaliser en avril si on réunit assez d’argent.»

Ixchel Delaporte

photo Olivier Coret

(1) Pour les soutenir : plus que quinze jours et c’est ici : kisskissbankbank soy de cuba ou un chèque au lycée Le Corbusier, 44, rue L.-Réchossière, 93300 Aubervilliers, à l’ordre du FSE du lycée Le Corbusier.

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