Du chauffage oui, mais à quel prix ?

Les habitants de Grigny 2 et le maire de la ville s’inquiètent de la solution du tout privé retenu par l’administrateur financier de la copropriété surendettée.

Après la décision unanime du conseil municipal de Grigny, le 27 novembre dernier, de créer une régie publique de chauffage urbain, l’administrateur judiciaire a signé un contrat privé avec Gaz de Paris pour la fourniture de gaz pour les seize prochains mois. Il devrait être 30 % moins cher qu’avec le précédent fournisseur (Cofély), mais son prix étant indexé sur un indice boursier fluctuant, il risque « d’augmenter inévitablement dans les prochaines semaines », souligne le maire, Philippe Rio (PCF). Ainsi, entre janvier 2012 et novembre 2012, l’indice a déjà augmenté de 22 %, alors que la régie publique s’est engagée, elle, à bloquer le prix sur trois ans.

Pis : la maintenance de la chaufferie a été confiée à… Cofély, prestataire historique impliqué dans le surendettement de la copropriété et qui s’engage pour une durée de quatre mois seulement  ! Le prix avancé s’avère moins élevé mais s’explique par la baisse d’un tiers des salariés dévolus à la maintenance, ce qui risque d’avoir un impact sur la qualité du service fourni. Réunis en conférence de presse mercredi, les élus, les copropriétaires et les locataires se sont inquiétés du retour de Cofély, qui a pratiqué pendant quinze ans des tarifs prohibitifs au point d’avoir encaissé des trop-perçus. Autre crainte : la demande d’un dépôt de garantie par Gaz de Paris d’un million d’euros. L’administrateur a assuré que ces charges ne pèseraient pas pendant les premiers mois mais seront étalées à partir du printemps… Au final, la mairie dénonce une solution qui « aggrave la situation de précarité, voire de pauvreté de Grigny 2 ».

Et l’existence de la régie  ? Le préfet à l’égalité des chances de l’Essonne, Seymour Morsy, ne l’a pas enterré, assurant même qu’il était important que cet outil puisse « être dégainé au moment venu » en cas d’urgence ou de défaillance. On peut alors se demander pourquoi le préfet n’a pas davantage soutenu cette solution, au-lieu de s’en remettre uniquement à un mandataire judiciaire qui peine à trouver des solutions autres que d’augmenter des charges déjà très élevées, pour épurer les dettes. Pour autant, le préfet a estimé que l’avantage de la solution privée trouvée par l’adminitrateur permettait d’entrer plus sereinement dans l’hiver. Oui mais à quel prix ? A la question de son peu de soutien au maire et à la création de la régie publique, Seymour Morsy a indiqué que l’Etat n’avait pas vocation à intervenir sur les décisions de l’administrateur : «On intervient a posteriori dans le cadre de la légalité des délibérations. Un contrat doit s’appliquer même si je comprends bien qu’un contrat de courte durée ne satisfasse pas. Par ailleurs, il faut signaler que certains locataires ne payent pas leurs charges et que ce n’est pas aux propriétaires de supporter ces dettes». Stratégie de division ?

Une nouvelle réunion entre locataires et copropriétaires devrait avoir lieu début janvier.

Ixchel Delaporte

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