Explosion de colère dans le quartier de Villeneuve à Grenoble

Tout a commencé par un hold-up. C’était dans la nuit de jeudi à vendredi. Deux jeunes hommes braquent le casino d’Uriage-les-Bains dans l’Isère. Avec le contenu de la caisse, ils prennent la fuite. Commence alors une course-poursuite entre les deux braqueurs et les voitures de police et gendarmerie, et celles de la Brigade anti-criminalité (BAC). Un premier échange de tirs survient entre une heure et deux heures du matin dans le quartier populaire de la Villeneuve, où se retranchent les deux hommes armés d’un fusil d’assaut et d’un pistolet-mitrailleur. Alors qu’un des policiers est légèrement blessé, un des braqueurs qui portait un gilet pare-balles et une cagoule, est abattu en pleine rue. La victime : Karim Boudouda, 27 ans, considéré comme « un enfant du quartier », est connu des services de police. Il avait été condamné trois fois aux assises pour vol à main armée.

 

Sur place, les policiers ont retrouvé « une partie », voire « la totalité du butin », entre 20 et 40.000 euros, dans un sac à l’arrière du véhicule des malfaiteurs. Depuis, ce sont deux versions de l’histoire qui s’affrontent. D’un côté les policiers évoquent « la légitime défense » pour justifier la mort de Karim Boudouda. Version appuyée par le procureur de la République Jean Philippe : « Les malfaiteurs ont arrêté leur véhicule… Ils ont ouvert le feu à au moins trois reprises vers les policiers ». De l’autre, jeunes et habitants du quartier vivent cette mort violente comme le résultat d’injustices latentes et accumulées. « Le quartier a très mal vécu la mort du jeune. Ils l’ont laissé crever par terre, ils ont laissé son corps sur le bitume au lieu de le transporter », explique un habitant, relayant une opinion qui circule dans le quartier de la Villeneuve.

 

Dès vendredi soir, une quarantaine de jeunes se sont mesurés à la police, en jetant des pierres sur un tramway et sur des abribus. Persuadés de la culpabilité des policiers dans le décès de Karim, ils ont incendié deux magasins, une salle de musculation, un centre de contrôle technique et une soixantaine de voitures. Autres cibles : le bureau de police et le centre communal d’action social (CCAS). Dans un scénario de guérilla urbaine, vers deux heures et demie du matin, un homme, côté manifestants, aurait sorti une arme de poing et tiré en direction des forces de l’ordre, mobilisées en grand nombre dans le quartier. Les policiers ont alors ouvert le feu afin de disperser la foule et selon eux, « d’assurer leur sécurité ».

 

En plein scandale politico-financier, de tels affrontements représentent une aubaine pour le gouvernement. Samedi, le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux n’a pas hésité à médiatiser son déplacement éclair à la Villeneuve pour jouer le super-flic : « Nous allons réagir vite. Quand je dis vite, c’est à dire tout de suite, c’est ainsi que nous allons rétablir l’ordre public et l’autorité de l’Etat ». Le tout, à coup d’unités de forces mobiles, de RAID et de GIPN (groupe d’intervention de la police nationale). De la ghettoïsation de ce quartier, on n’entendra rien. Rien non plus des discriminations, du chômage ou de la disparition progressive des services publics. A la mairie de Grenoble, le député-maire PS de la ville, Michel Destot, a de nouveau réclamé la tenue d’un « Grenelle de la Sécurité urbaine qui réunisse, aux côtés des ministres compétents, les principaux élus et les préfets afin qu’une stratégie commune soit élaborée, notamment en terme d’affectation de moyens ». Enfin, la nuit de samedi au dimanche a connu de nouveaux incidents. Les 300 hommes venus de deux unités de CRS et de la Force d’intervention de la police nationale ont essuyé des tirs à balles réelles. En tout, quinze personnes ont été interpellées depuis vendredi. La mère de la victime a annoncé qu’elle porterait plainte pour éclaircir les circonstances de la mort de son fils Karim.

Ixchel Delaporte

4 Response(s)

  1. SYLVAIN says :

    19 juillet 2010

     » De la ghettoïsation de ce quartier, on n’entendra rien. Rien non plus des discriminations, du chômage ou de la disparition progressive des services publics ».nous ne devons pas accepter les
    violences sous prétexte de misère, il faut les condamner fermement

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  2. Stéphane says :

    19 juillet 2010

    à Sylvain : je ne vois pas en quoi une prise en compte de la misère sociale implique une acceptation de la violence. Les œillères n’ont jamais rendu le monde plus juste ou plus paisible.

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  3. Emmanuel says :

    21 juillet 2010

    Sylvain, que cela concerne un simple individu ou un groupe social, on ne met pas un terme à la violence simplement en la condamnant fermement. Elle a toujours des causes, comme une réaction
    chimique. Ce n’est qu’en cherchant ces causes, et en se donnant les moyens de les faire disparaître, que l’on peut résoudre la violence. Encore faut-il en avoir la volonté…

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  4. cultive ton jardin says :

    2 août 2010

    On ne doit pas non plus accepter que sous couvert de délinquance on abatte un être humain sans que personne ait le droit de poser des questions sur la manière dont se sont passées les choses.

    La violence des institutionnels est toujours passée sous silence, comme si elle était inexistante. Quand on parle de « ne pas accepter la violence », c’est bizarrement toujours de la RÉACTION à la
    violence qu’il s’agit.

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