Expulsions locatives : "Une pratique indigne d’une société avancée"

Maire (PCF) de Venissieux, Michèle Picard (à droite sur la photo) signera ce vendredi, avec d’autres élus communistes du département, une nouvelle série d’arrêtés anti-expulsions et anti-coupures d’énergie. Elle explique sa démarche de « résistance ». 

Avec d’autres maires communistes de l’agglomération lyonnaise, vous allez signer, ce vendredi, de nouveaux arrêtés contre les expulsions. Pourquoi ?

Michèle Picard. Pour Vénissieux, nous allons signer trois arrêtés, l’un sur les expulsions, l’autre sur les coupures d’énergie et d’eau, et un dernier sur les saisies immobilières. Il s’agit d’une démarche ancienne, qui date de 1990. C’est une action symbolique mais aussi un acte de résistance politique et de désobéissance. Même si, juridiquement, nous travaillons nos arrêtés pour qu’ils puissent passer. Car il en faut très peu pour tomber dans la spirale de la précarité. Un arrêt maladie provoque une baisse des indemnités, les impayés commencent… ça peut basculer très rapidement.

Les expulsions sont-elles en hausse à Vénissieux ?

Michèle Picard. Non. Nous avons moins d’expulsions grâce au travail social formidable mené sur la ville. Un travail avec les bailleurs qui permet d’accompagner les gens dès qu’ils sont en dette de loyer et avant même l’assignation au tribunal. En revanche, nous avons toutes les preuves que la pauvreté augmente à Vénissieux. Une étude récente montre qu’en 2009, 32 % de la population de la ville vivait en dessous du seuil de pauvreté, soit deux fois plus que la moyenne nationale. Le taux de bas revenus y est de 35 %, contre 17 % dans le reste du département. En deux ans, les demandes d’aide financière accordées par le CCAS ont augmenté de près de 16 %.

Vous opposez-vous, par principe, aux expulsions locatives ?

Michèle Picard. Derrière les chiffres, il y a des situations humaines. Une expulsion, c’est quoi ? De la peur, de la pression, de l’humiliation pour les familles. Parfois, les gens préfèrent en finir, tellement l’engrenage est violent. Cela m’interpelle en tant que maire. Au fond, je considère qu’il s’agit d’une pratique indigne d’une société avancée. Les expulsions ne résolvent rien sur le fond, rajoutent de la dette à la dette. Car elles coûtent cher aux collectivités. En même temps qu’elles aggravent la situation des familles, qui se retrouvent parfois à dormir dans des voitures ou sous des tentes.

Qu’attendez-vous du gouvernement sur ce dossier ?

Michèle Picard. J’ai beaucoup d’attente, mais je pense qu’il reste trop au milieu du gué. Augmenter la loi SRU de 20 à 25 %, ça peut apparaître comme une bonne idée. Mais quand vous savez qu’un nombre conséquent de maires n’appliquent pas cette loi, on se demande si c’est réellement utile. Les pénalités aux villes qui ne respectent pas la loi ne suffisent pas. Ainsi, je trouve profondément injuste que les maires qui prennent des arrêtés anti-expulsions soient convoqués au tribunal administratif et traités comme des criminels, pendant que d’autres, qui n’appliquent pas la loi SRU, ne passent jamais devant ces tribunaux. Le report de quinze jours de la trêve hivernale n’est guère plus satisfaisant. Car il y a une urgence sociale sans précédent en France.

Entretien réalisé par Ixchel Delaporte

photo DR

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