L’histoire des bandes racontée de l’intérieur

22819_4396jj8482_925070884_n--2-.jpgMercredi 14 novembre un documentaire en deux partie de Kizo et Jean-Michel Verner sera diffusé sur Planète Plus, à 20h30. Il retrace la genèse des gangs français allant des années rock d’après-guerre aux années rap, jusqu’à aujourd’hui. Très salutaire !

Le projet est ambitieux : raconter l’histoire des bandes pour mieux comprendre leur fonctionnement et «pour contribuer à la cessation de la violence». Remontant le fil d’une histoire à partir de l’après-guerre, ce documentaire, en deux épisodes, mêle images d’archives et témoignages d’anciens chefs de bandes.

Le réalisateur Kizo, trentenaire vivant à la Grande Borne à Grigny, s’est d’abord posé cette question à lui-même : quelle est l’origine de ces bandes de jeunes qui connaissent mal leur histoire ? «J’ai commencé à me documenter, à lire l’histoire des Red Skins, des Blacks Dragons et puis j’ai contacté des ex-chefs de bandes, que je connaissais pour certains, et qui ont accepté de raconter», explique-t-il, lui qui a aussi fait partie d’une bande. Introduit dans un milieu que l’on connait mal, Kizo tend son micro, enregistre les récits tantôt épiques, tantôt politiques mais toujours liés à des cultures musicales et à des territoires.

Une première immersion dans les années 60 nous plonge dans un contexte où les immigrés maghrébins arrivent en France pour travailler. Parallèlement, on assiste à une recrudescence des actes racistes, avec la bande des Hells Angels. Face à eux, des bandes Blacks Panthers se constituent pour se défendre avec une pratique assidue des arts martiaux. De là naissent d’autres gangs, qui dans les années 80, chassent les skins. Rocky, d’origine portugaise, a fondé les Ducky Boys, sorte de porte-voix anti-raciste. «A force de taper des rebels, ils perdaient les combats, donc ils ont demandé de l’aide aux skinheads, qui ont pris peu à peu leur place.» Les skinheads sont alors associés à l’extrême droite, ce que récuse Julien Terzics, ex-leader des Red Warriors : «Sans immigrés noirs jamaicains venant en Angleterre dans les années 60, il n’y a pas de mouvement skinhead. Donc dire que ce mouvement est raciste relève du non-sens abslou». Rien à voir avec ce que les médias montrent d’une partie du mouvement skin, récupéré par l’extrême droite.

Le deuxième épisode, c’est le rap. A partir des années 80, les banlieusards commencent à se regrouper en bande autour de la culture hip-hop américaine. Avec la fierté de revandiquer leurs origines, comme la Zulu Nation, et de s’opposer à un système producteur de délinquence. «Grâce à ce mouvement, analyse Jo Dalton, ex-Blacks Dragons, les banlieues ont commencé à découvrir ce que voulait dire lutter contre le racisme». Se pose aussi la question de la dépolitisation progressive des bandes et du sens donné à l’appartenance à un groupe…

La démarche de Kizo se veut pédagogique. Pour lui, l’heure de la prise de conscience a sonné. Une première projection de son film a eu lieu dans son quartier. «Je veux montrer cette histoire le plus largement possible parce que la connaître, c’est déjà désamorcer les violences. Faire partie d’une bande d’amis, ça ne signifie pas forcément entrer en conflit avec une bande rivale».

 

Ixchel Delaporte

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *