La cité Balzac s’installe dans les beaux quartiers

A l’occasion de la 12ème édition de la Nuit blanche de Paris, l’artiste protéiforme Daniel Purroy propose une oeuvre monumentale, avec la reconstruction d’un morceau de la façade d’un immeuble de la cité Balzac démoli à Vitry-sur-Seine.

Qui aurait pu imaginer qu’un jour, un morceau de la barre Balzac de Vitry-sur-Seine, vouée à la démolition, se retrouverait posée dans le jardin d’un hôtel particulier parisien ? C’est l’idée qui a germé il y a plus d’un an dans la tête de Daniel Purroy, artiste contemporain. Le 5 septembre 2012 à 13 heures, la dernière barre d’habitation du quartier Balzac à Vitry-sur Seine (Val-de-Marne), dite tour « GHJ », a disparu en quelques secondes dans un nuage de poussière. Quelques-mois avant, l’artiste accompagné par une poignée d’habitants bénévoles, casques de chantier sur la tête, s’attachait à dépiauter patiemment fenêtres, bloc de béton, boîtes postales, porte d’ascenseur et même des morceaux de rideaux et de papiers peints. Entreposés et alignés dans le hangar de l’association d’artistes 6 Bis situé à deux pas du quartier Balzac, les éléments de l’immeuble permettront, une fois assemblés, de reproduire à l’identique une façade de trois étages au cœur des jardins de l’Hôtel d’Aumont, rue de l’Hôtel de Ville, en plein centre de Paris, à l’occasion, samedi 5 octobre, de la Nuit Blanche. « Cette œuvre est une façon de réinventer temporairement un autre état du monde, c’est agencer les êtres et les matières qui forment le monde dans une position inédite et joyeuse », explique Daniel Purroy. Pendant un an, parfois dans l’urgence, parfois la tête dans les financements, il aura fallu préparer le chantier, transporter dans des bennes, récupérer et trier les organes d’un corps sensible, porteur de trajectoires de vies, de générations de vitriots qui ont vécu dans ces immeubles depuis les années 60. Sur cet objet architectural, devenu monument le temps d’une nuit parisienne, des points sonores collectés par Pasquale Calone, artiste associé, feront entendre les voix d’enfants, d’hommes et de femmes du quartier, mais aussi les ambiances de la cité et du RER C. Les fenêtres s’éclaireront puis s’éteindront tout au long de la nuit. Comme avant.

Un levier pour amener les habitants vers l’art

Khoukha Zegdoudi, animatrice au centre social Balzac, s’est beaucoup investie dans le projet. Elle a entraîné avec elle des habitants qui ont été surpris d’imaginer leur ancien logement transformés en œuvre d’art. « C’est un projet sublime mais fou aussi. Cela a suscité une foule de questions chez les habitants sur le statut de cette œuvre et sur son devenir. C’est un levier pour aller vers l’art, pour sortir du quartier. Aller dans le cœur de Paris avec cette façade, c’est symbolique. Balzac a franchi la Seine ! » Et les habitants seront de la partie avec un car mis à disposition par la mairie. Une fête pour collecter des fonds a même été organisée dans le centre social. « Les habitants ont fait une chorba et Daniel était là pour expliquer le projet, montrer des images. Ce n’est pas évident de s’imaginer ce que ça donnera ! « . Sans nul doute, poser un bout de Balzac au centre de la capitale est un geste politique. Daniel Purroy l’envisage ainsi. « Cette installation fait éclore dans l’espace urbain de la capitale, le temps d’une nuit sans sommeil et rêveuse, un bâtiment typique des cités de banlieue. Le chantier possède en commun avec l’art une dimension alchimique de transformation, de récupération, de mobilisation, tant des matériaux que de l’intelligence des hommes et des femmes ».

Ixchel Delaporte

photos Daniel Purroy/ ID

Rendez-vous ce samedi 5 octobre, dans les jardins de l’Hôtel d’Aumont, 18 rue de l’Hôtel de ville, 75004 Paris, à partir de 18 heures.

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Quelques éléments de la performance entreposés dans l’atelier du 6 bis

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