La solidarité dans les quartiers, c’est du quotidien…

BORYS02--2-.jpg 

A l’opposé sur la carte de la région parisienne, l’une vit au Blanc-Mesnil (93), dans le quartier des Tilleuls au nord de Paris; l’autre à Longjumeau (91) dans le quartier de la Rocade, au sud de la capitale. Pourtant, bien des qualités rapprochent Ballakissa et Borys, en particulier une pratique quotidienne et intensive de la solidarité. Portraits croisés.

 

2012-12-26-17.12.26--2-.jpg

En pleine discussion avec une maman, Ballakissa note consciencieusement le nom de l’enfant qui participera à la prochaine sortie. Accueillir, voilà un mot qui convient bien à cette jeune femme de 24 ans, qui est née et a grandi aux Tilleuls, quartier populaire du Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis). C’est dans cette maison des Tilleuls qui dit-elle l’a aidé à grandir, qu’elle a appris la vie en collectivité. « Je la fréquente depuis toute petite. Dès qu’il y avait une activité, j’étais partante même si j’étais très timide. Les parents faisaient confiance aux animateurs. Pour moi, c’était une évidence de refaire la même chose pour les petits qui arrivent. » Avec son groupe de copines, alors à peine âgées de 15 ans, Ballakissa était « toujours prêtes à aider, à s’investir dans les sorties, à préparer des repas de quartier, à faire le service ou à proposer des spectacles de danse hip-hop et de chant ». Il y a cinq ans, les huit filles décident de formaliser ces activités en créant le collectif Blacks and White sisters, « parce qu’on était deux blanches et six noires».

Faire de l’animation le 31 décembre pour permettre aux parents de souffler…


Traditionnellement, tous les 31 décembre, une fête a lieu dans les locaux de la maison des Tilleuls, mais le directeur était confronté une difficulté : à partir d’une certaine heure, les parents ne profitaient plus de la soirée, absorbés par des enfants fatigués. Qu’à cela ne tienne, le collectif propose, il y a trois ans, d’animer le réveillon du jour de l’an : « Nous, on s’est proposé bénévolement pour proposer au milieu de la soirée des jeux et des animations rien que pour les enfants ! ». Mais les aventures solidaires se déploient bien vite au-delà de la ville du Blanc-Mesnil. Les huit filles font la connaissance d’un animateur radio à Radio Campus 93 qui leur propose de faire du direct une fois par semaine. « On a fait l’émission pendant un an non stop, on racontait des anecdotes, des souvenirs, notre vie dans le quartier et on s’est dit pourquoi pas échanger notre expérience avec un autre pays. » Ce sera le Mali, pays d’origine des parents de Ballakissa. « Dans mon village précisément, à Bougouni, où il y a une radio ». La croisade pour réunir les fonds commencent par la vente de crêpes et de repas. « On a réussi et on est parties à huit filles avec trois de nos animateurs, plein de matériel radio récupéré et des lunettes, des trousses de toilettes et des vêtements. » Alors forcément, sans cette maisons de quartier, ces aventures-là n’auraient pas existé. « C’est une grande famille solidaire qui nous a permis d’entrevoir une infinité de projets et qui permet de nous rapprocher les uns des autres. » Quand elle se promène dans son quartier, elle voit des petits groupes de jeunes filles, qui comme elle, ont des tonnes de projets dans la tête. Et Ballakissa est persuadée que cette culture collective, qui lui a été transmise, le sera aux nouvelles générations.

« On partageait des grecs à 5 ! »

Sur la même ligne du RER B, mais à l’autre bout de la région parisienne, Borys termine sa journée avec les enfants du centre social, situé Place de France à Massy (Essonne). A peine âgé de 20 ans, il est responsable de l’accueil jeunesse de la structure. « La solidarité ? Oui bien sûr ça me parle ! Mais ce n’est pas une fois de temps en temps en donnant un kilo de riz. Etre solidaire, c’est tous les jours. Quand je pars le matin, je croise au feu rouge une jeune femme Rom. Je discute souvent avec elle. Quand elle a besoin d’aide pour remplir un papier, je l’aide », explique-t-il assis à son bureau. Né dans la quartier de la Rocade, à Longjumeau, Borys ne s’était jamais vraiment posé la question en ces termes. En fait, il est dans l’action. Depuis tout petit. « J’ai grandi avec une association qui intervenait souvent dans la rue, au coeur de mon quartier. Elle s’appelle Cultures Robinson. Aujourd’hui, j’en suis le trésorier et c’est une façon de m’engager et de rendre à cette association ce qu’elle m’a apportée. » Cette association fondée par l’ex-instituteur et philosophe Laurent Ott a littéralement investi la rue. Il faut s’imaginer la scène : « Les personnes de l’association débarquaient avec des livres. On s’installait sur les bancs et on lisait. Des fois, ils venaient avec des légumes et on faisait à manger dans la rue avec les habitants. La rue était à nous ! » Et puis, il y a l’aventure du jardin, situé aux abords de la ville voisine Saulx-les-Chartreux. D’abord, il a fallu le défricher: « On allait tuer de la ronce, on avait l’impression de partir à la chasse au trésor, ça me faisait kiffer ! On était là avec des cisailles jusqu’à la découverte d’un puit. Le jardin, c’est un lieu convivial qui permet à plein de gens qui se sentent dégradés de se réinsérer et de reprendre confiance.» La solidarité, c’est aussi inhérent à la vie d’un quartier modeste. S’il n’a jamais manqué de rien, Borys explique qu’enfant le principe du partage l’emportait sans même s’en rendre compte : « Combien de fois, on a partagé des grecs à 5 ! », lance-t-il en souriant. « Dans le quartier, les enfants grandissent ensemble. Tout le monde se connaît, on prend des nouvelles, on se parle. Combien de fois j’ai vu des gamins aider des vieilles dames à porter leurs courses. Pour moi, l’idée qu’un vieux meurt seul dans son appartement me paraît impossible.» Ce qui agace profondément Borys, c’est le dénigrement permanent d’une jeunesse qu’on juge désengagée mais à qui on demande sans cesse d’être compétitive et de se surpasser. « On ne peut pas reprocher aux jeunes de vouloir s’acheter des fringues à la mode et en même temps continuer à valoriser la réussite par l’argentA nous de leur montrer que d’autres relations humaines sont possibles », conclut-il sans détour.

Ixchel Delaporte

photos Pierre Pytkowicz/ID

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *