L’antiracisme perd un grand combattant

120810200303895_3_000_apx_470_.jpg

 

Mouloud Aounit, ex-président du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), s’est éteint vendredi des suites d’un cancer, à l’âge de cinquante-neuf ans.

Les hommages pleuvent. Depuis vendredi, hommes et femmes politiques, amis militants, écrivains et cinéastes saluent la mémoire de celui qui s’est battu avec détermination contre toutes les formes de racisme. Fils aîné d’un menuisier kabyle, né en 1953 à Timezrit à l’époque de l’Algérie française, Mouloud Aounit débarque tout jeune dans la banlieue rouge et ouvrière d’Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis. Militant associatif infatigable, resté à la tête du Mrap pendant plus de vingt ans, son engagement commence très tôt alors qu’il étudie les sciences économiques à Paris-XIII. À vingt-quatre ans, il adhère au Mrap et entre quatre ans plus tard au bureau national. Mais pour cet homme têtu et passionné, l’engagement ne prend corps qu’en 1983 avec la marche pour l’égalité et contre le racisme après qu’un jeune du quartier des Minguettes a été blessé par un policier.

Cette année-là, il devient président de la fédération de Seine-Saint-Denis du Mrap. En 1989, il succède à Albert Lévy au poste de secrétaire général et devient porte-parole national du mouvement. Dans un communiqué, l’association lui rend hommage : « Il aura marqué de manière profonde l’identité de notre mouvement antiraciste par son intense intérêt pour la vie et pour les gens, par sa curiosité intellectuelle, une vaste culture, une grande capacité de travail et un inlassable dévouement. » Du côté de ses amis militants, c’est la constance de ses indignations qui est soulignée : « Nous avons cheminé ensemble depuis plus de trente ans aux avant-postes des luttes contre le racisme et pour l’égalité des droits, témoigne le cinéaste Mehdi Lallaoui, fondateur de l’association Au nom de la mémoire. Durant ces trois décennies, Mouloud a participé à tous les combats pour la dignité humaine : de la marche contre le racisme de 1983 (…) aux mobilisations récentes aux côtés des Roms, contre leur stigmatisation et leur harcèlement. » Mouloud Aounit tenait aussi à faire resurgir une mémoire douloureuse : « Rares sont ceux qui savent qu’il faisait partie au tout début des années quatre-vingt du petit noyau de militants et de militantes qui allaient faire resurgir de l’oubli et de l’occultation d’État le massacre des travailleurs algériens à Paris, lors de leur manifestation pacifique du 17 octobre 1961. Depuis, il était l’un des orateurs qui chaque année, sur le pont Saint-Michel, rappelait aux consciences assoupies le désir de justice et de vérité », poursuit le cinéaste.

Il participa aussi à la création de RESF en juin 2004. « Au-delà du militant et du responsable associatif, ceux qui le connaissaient garderont le souvenir d’une personnalité enthousiaste et généreuse sur qui on savait pouvoir compter dans les bons jours comme dans les moins bons. C’est un vrai camarade de nos combats communs qui nous quitte », écrit dans un texte le Réseau Éducation sans frontières. Marxiste convaincu, proche du Parti communiste, Mouloud Aounit a été élu au conseil régional d’Île-de-France de 2004 à 2010, à la tête de la liste présentée par le PCF en Seine-Saint-Denis. « Profondément affectés », les communistes, par la voix de leur secrétaire national, Pierre Laurent, ont tenu à rappeler qu’il « a été un des premiers à dénoncer, avec courage, bravant certaines critiques, l’islamophobie montante, exacerbée par l’extrême droite et une partie de la droite ». Le président François Hollande a salué la mémoire de l’ancien président du Mrap dont l’action « aura fortement contribué au dialogue entre les cultures, au sein de la communauté nationale ».

Ami fidèle de notre journal, Mouloud Aounit « nous lègue ce combat que nous devons poursuivre plus que jamais ». « Nous resterons fidèles à sa mémoire en continuant les beaux combats pour l’égalité et la fraternité humaine qu’il menait », a déclaré Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité. Président d’honneur du Mrap, nommé au comité consultatif de la Halde en 2005, il a été promu chevalier de l’ordre national du Mérite en 2000, puis chevalier de la Légion d’honneur en 2003. Ses obsèques auront jeudi 16 août à 15 heures au cimetière d’Aubervilliers.

Ixchel Delaporte

photo : DR

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *