Les inégalités prennent racine dans les quartiers

ob_b933e5_couvrapportonzus2013-290-410-s1Hier, le ministre de la ville recevait le rapport annuel de l’observatoire des zones urbaines sensibles. Le constat est alarmant : moins de pouvoir d’achat, plus de chômage, plus de pauvreté et plus de discriminations.

« 240 pages… C’est un rapport un peu difficile à digérer », dit en introduction Bernadette Malgorn, présidente du Conseil d’orientation de l’ONZUS, lors de sa remise au ministre de la Ville, François Lamy. Les conclusions du rapport sont difficiles à digérer aussi. L’aggravation des inégalités sociales entre les quartiers situés en zone urbaine sensible et le reste du territoire est bel et bien actée. Les effets de la crise socio-économique secouent bien plus durement les quartiers populaires. Le taux de pauvreté, indique le rapport, est passé de 13% en 2008 à 14,3% en 2011. Au sein de la population, le niveau de vie des 10% les plus pauvres a diminué de 3,5 points. Alors que le revenu médian s’est maintenu et que celui des 10 % les plus riches a augmenté de 2,5 points entre 2008 et 2011.

Malgré la volonté de relativiser les « données globales » en arguant de l’hétérogénéité des territoires, Bernadette Malgorn a dressé un panorama social alarmant des Zus. Le chômage ? Il augmente nettement. Entre 2011 et 2012, le taux de chômage est passé de 22,7 % en 2011 à 24, 2% en 2012 et l’écart s’est creusé avec les « zones non sensibles ». Le chômage des 15-64 ans y est près de deux fois et demi supérieur à celui des unités urbaines. La pauvreté aussi, malgré les contrastes d’une zone à l’autre, est près de trois fois plus élevé en Zus et la moitié des moins de 18 ans vit sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 977 euros par mois.

40 % des jeunes de Zus sont sans diplôme

Nerfs de la guerre, le travail et par extension les revenus se déterminent par une précarisation croissante des contrats. Le taux d’activité de la population (60,6 %) de 15 à 64 ans en Zus diminue lentement depuis 2008. Ce qui revient à un écart de 10,3 % avec les quartiers hors Zus, qui eux se maintiennent à un niveau d’activité élevé, malgré la crise. « Cette détérioration s’explique par deux facteurs : une proportion croissante de chômeurs au sein de la population active, plutôt parmi les hommes, et une augmentation du nombre de personnes inactives, plutôt parmi les femmes », détaille le rapport.

Sur la question centrale de l’emploi des jeunes, à laquelle le gouvernement Hollande peine à apporter des réponses globales, l’observatoire tire la sonnette d’alarme. Sur l’ensemble de 16-29 ans, trois jeunes sur dix ne sont ni en emploi ni en poursuite d’études, ce taux étant le plus élevé pour les moins qualifiés (40 % des sans diplôme). Un jeune sur quatre déclare être à la recherche d’un emploi. Un focus sur les raisons de ce décrochage a été réalisé par l’observatoire. Lors de leurs recherche d’emploi, les jeunes des Zus disent cumuler plusieurs obstacles : rareté des offres d’emploi (66%), manque d’expérience (58%), manque de relations et de réseaux professionnels (36%) et difficultés liées au lieu de résidence, à l’âge, à leur couleur de peau, leur nom ou leur accent, pour un jeune sur dix (soit 9%).

Un premier pas vers l’interdiction de discriminer un citoyen dans sa recherche d’emploi…

Preuve que la reconnaissance des discriminations territoriales dans la loi française, proposition de loi du député François Asensi votée le 22 novembre dernier à l’Assemblée nationale, lors de l’examen de la loi de programmation pour la ville, a toutes ses raisons d’être. « Désormais, discriminer un citoyen dans sa recherche d’emploi ou de logement parce qu’il vient d’un quartier ou d’une ville stigmatisée deviendra purement et simplement interdit par le Code pénal, comme 19 autres critères de discriminations (sexe, couleur de peau, handicap…) », se félicitait le député. En revanche, peu ou pas de remparts législatifs concernant la qualité du travail pour ceux qui ont accès à l’emploi (moins de 50%). « Les jeunes des Zus occupent très majoritairement un poste avec un faible niveau de qualification et sont sous-représentés dans le secteur public par rapport aux 30 ans et plus », explique Bernadette Malgorn.

François Lamy, ministre de la Ville, se refuse au constat d’échec de la politique de la ville. Pour lui, s’il n’y avait pas eu de politique ciblée, les choses iraient bien plus mal. « Cela conforte la mise en œuvre de la réforme de la géographie prioritaire et de son critère unique de la pauvreté qui recoupe 85 % des territoires Zus. Les autres s’en sont sortis. Tout n’est pas affaire de moyens, il y a des chemins naturels et des orientations qui se font d’elles-mêmes. » Une chose est sûre, les inégalités, elles, prennent leurs quartiers lorsqu’on les laisse s’installer.

Ixchel Delaporte

L’école prioritaire, une priorité ?
« Notre nouvelle géographie prioritaire devra s’accorder avec celle de l’éducation nationale », a plaidé le ministre de la ville. A moins qu’il ne s’agisse de les mutualiser et de les diminuer… C’est une des inquiétudes des syndicats enseignants et des équipes pédagogiques qui s’appuyaient sur l’éducation prioritaire pour rattraper les retards. Dans le rapport de l’ONZUS, un volet est dédié à la scolarité au collège et au lycée. Les établissements Zus enregistrent des résultats en moyenne plus faibles aux examens. 21,8 % des élèves entrant en 6ème ont un ou deux ans de retards, contre 12,3% dans le reste du territoire. Autre point noir : l’orientation. Ils sont deux fois moins nombreux en 1ère générale et s’orientent majoritairement vers les filières professionnelles.

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