Les PMI refusent de se transformer en salles d’attente

À l’appel de la plateforme unitaire Assurer l’avenir de la protection maternelle et infantile (PMI), grèves et manifestations sont organisées aujourd’hui partout en France. Témoignages de professionnels inquiets mais combatifs.

Il existe des services publics si ancrés dans notre quotidien que leur disparition paraît inenvisageable. C’est le cas de la protection maternelle et infantile (PMI). Et pourtant, ce jeudi, la plateforme Assurer l’avenir de la PMI appelle à la grève et à des rassemblements partout en France, ainsi qu’à une manifestation nationale à Paris (1), pour alerter sur la mise à mal des missions de proximité des PMI.

L’inquiétude des professionnels est forte. Médecins, secrétaires, puéricultrices, sages-femmes, éducatrices, interprètes… Tous redoutent les conséquences d’une baisse progressive des financements et des moyens humains. «Le drame de la PMI, c’est le désengagement de l’État. Aujourd’hui, tout repose sur les conseils généraux qui sont eux-mêmes étranglés», explique Valérie Ledour, médecin en PMI dans l’Essonne et signataire de l’appel. Consultations médicales préventives, visites à domicile, bilan de santé en école maternelle, actions médico-sociales de soutien aux familles, campagnes de vaccination, actions de dépistage, activités de contraception, lutte contre les violences faites aux femmes… «Nos missions sont liées à l’histoire de la PMI, fondée sur un travail d’équipe, poursuit Taoufik Adohane, psychologue à la PMI de Franc-Moisin, à Saint-Denis. Mais cet esprit de transversalité est malmené par un fonctionnement institutionnel qui cloisonne.»

C’est ce que pointe l’appel lancé par les syndicats, associations et professionnels de santé. Nombreux sont les départements qui ferment des consultations pour nourrissons et femmes enceintes. Les délais de rendez-vous s’allongent et les salles d’accueil deviennent de banales salles d’attente. Ce qui révolte le psychologue de Franc-Moisin : «Mon travail, c’est d’être disponible pour les mamans à tout instant, de prendre le temps de discuter avec elles, de les mettre en confiance. Ce temps-là n’est pas quantifiable. Ce n’est pas un acte médical. Et ce que veulent financer les pouvoirs publics, ce sont des actes biomédicaux. Ce n’est pas ça, la PMI.»

L’aggravation de la précarité se double d’une inégalité entre les territoires puisque l’investissement de chaque département diffère. «Sans la PMI, on coupe l’accès aux soins de toute une population qui relève des minima sociaux ou qui ne bénéficie d’aucune couverture médicale», relève un médecin. C’est aussi ce qu’a constaté une puéricultrice travaillant dans un quartier populaire d’une petite ville du Sud-Ouest : «Je fais des visites à domicile. Rencontrer des mamans chez elles permet de rassurer sur l’allaitement ou la croissance du bébé. Or, depuis la loi de 2007, mes tâches se sont multipliées, entre autres à cause du non-remplacement de postes. » Face à cette dégradation de l’offre, les professionnels réclament des mesures d’urgence, dont l’accroissement des financements pour les PMI, la création d’une instance nationale pour la promotion et la protection de la santé familiale, une revalorisation des statuts et des rémunérations, et enfin le maintien des PMI dans tous les départements.

Ixchel Delaporte

photo DR

(1) 14 h 30. M° Notre-Dame-des-Champs

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