Mitry-Mory résiste au fantôme médiatique du FN

Ciblée par le Front national comme une ville à ravir aux communistes, Mitry-Mory, située en Seine-et-Marne, refuse d’être réduite par les médias à ce duel imaginaire. La maire, Corinne Dupont (au centre sur la photo), affiche avec fierté « un beau bilan ».

Devant la petite église Saint-Martin du XVIe siècle de Mitry-Mory (Seine-et-Marne), les panneaux électoraux sont au nombre de trois: Philippe Laloue, candidat UMP, Laurent Prugneau, UDI, et Corinne Dupont, l’actuelle maire communiste. Manque un fantôme, Adrien Desport, candidat Front national, qui n’a pas réussi à rassembler le nombre suffisant de colistiers. Et pourtant, c’est ce fantôme qui a donné le ton à la campagne.

«Mitry est une ville qui s’est toujours battue »

En face de l’église, dans la mairie située à Mitry-Bourg, Corinne Dupont ne décolère pas: «Marine Le Pen a livré en pâture Mitry-Mory et en a fait une cible mais, en réalité, seuls les médias ont mené cette campagne électorale .» Sur le site du vrai-faux candidat, le refrain moisi est toujours le même: les étrangers qui s’installent à Mitry dans les logements sociaux subtilisent les allocations, et provoquent l’insécurité. «C’est une campagne mensongère et discriminatoire bien loin des problématiques municipales de terrain. Avec tout cela, les deux opposants se sont mis au diapason du FN. Impossible donc de débattre sur le fond», se désole la maire.

Mitry-Mory, 18 000 habitants, fait partie de ces communes périurbaines de bout de ligne de RER, située à la fois au milieu des champs et à proximité de l’aéroport de Roissy. C’est aussi une ville communiste qui, depuis quatre-vingt-huit ans, tente de maintenir une offre de services publics pour les habitants, et ce malgré les efforts budgétaires sans cesse demandés par l’État. «Mitry est une ville qui s’est toujours battue. Dès les années 1970, les élus ont bataillé pour que Mitry ne devienne pas une cité-dortoir mais garde une dimension humaine. Nos logements sociaux n’excèdent pas les trois étages. Les élus se sont aussi mobilisés pour l’implantation d’une zone industrielle qui a apporté 6 000 emplois», rappelle Corinne Dupont.

Accrochée au mur de son bureau, une immense carte aérienne montre une ville composée de trois quartiers, coupée en deux par la Francilienne. «Une autre bataille que nous avons menée pour avoir droit à une entrée et une sortie d’autoroute qui n’étaient pas prévues!» À une trentaine de kilomètres de Paris, Mitry souffre non pas du manque de transports mais de la vétusté de la ligne B du RER. «Le temps de transport est le plus long et le plus cher. Évidemment que cela a un impact sur la vie des habitants, ça génère du mal-vivre. Et puis, si on est à côté de Roissy d’un point de vue géographique, on est loin en transports. Si l’État ne fait rien, dans vingt ans, on sera toujours aussi loin de l’aéroport, qui représente pourtant un bassin d’emploi important pour les Mitryens», plaide la maire.

Devant la gare, par intervalles de dix minutes, arrive un flot de voyageurs fatigués par une à deux heures de trajet. Les militants communistes et les soutiens de Corinne Dupont distribuent le programme. Les jeunes prennent machinalement les « engagements ». « Venez voter dimanche prochain pour la liste Ensemble pour Mitry-Mory ! » s’époumone Florian, trente-trois ans, responsable des festivités de la ville. Une jeune femme lui répond : « Mais moi, je ne comprends pas la politique, les différences entre la droite et la gauche. Je préfère ne pas voter. »

En 2012, le front national a obtenu 22,41% des voix

Discuter avec les passants pour leur parler des enjeux du vote municipal semble essentiel pour Florian. Lui aussi est très remonté contre les médias, qui véhiculent l’idée que les villes populaires tomberaient les unes après les autres dans l’escarcelle du FN. « Il y a eu d’abord un article du Monde intitulé “À Mitry-Mory, on voterait bien FN, mais qui est le candidat ?” et puis toutes les télés qui ont suivi. Il faut aussi voir ce que nous faisons ici pour combattre la peur de l’autre, avec nos cinq maisons de quartier, nos quatorze écoles, deux crèches, le cinéma, le conservatoire, les 350 enfants qui partent en colonie de vacances et la fête de la ville qui attire 3 500 personnes ! De cela, personne ne donne la mesure et sûrement pas en une minute et demie… »

Comment comprendre alors ces satanés 22,41 % de voix pour Marine Le Pen en 2012 ? « Ce vote est divers, répond la maire. Il y a un mélange des mécontents de la politique, le sentiment d’appartenance au pays et puis le rejet de l’autre. » Que faire alors ? « Ce que nous avons toujours fait. Être au côté des Mitryiens, à leur écoute, se connaître grâce à des espaces conviviaux. Et se battre encore, portés par les habitants, pour garder la force de nos services publics. Prochaine bataille pour un service de qualité : la réforme des rythmes scolaires. »

Ixchel Delaporte

photo Olivier Coret

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