Privés de vacances parce que Gitans

Plusieurs familles du quartier Saint-Jacques de Perpignan ont porté plainte après avoir été refusées dans des campings de Barcarès et de Canet, alors qu’elles avaient prépayé les mobil-homes un mois avant.

Sur la place du Puig, à la tombée du soleil, les Gitans du quartier Saint-Jacques de Perpignan prennent le frais. Dans les ruelles, des enfants se regroupent, puis s’éparpillent comme des moineaux. En ce début de grandes vacances caniculaires, certaines familles auraient dû se trouver dans un des nombreux campings de Barcarès ou de Canet, situés à quelques kilomètres de Perpignan, dans lesquels elles avaient réservé des mobil-homes. Toutes avaient payé par Internet, fin avril ou début mai, pour une semaine en juin. Une dizaine de jours plus tôt, 26 familles sont contactées par les différents campings pour tout annuler.

Jean-Pierre, sa bible à la main, s’apprête à entrer dans l’église évangélique. Il n’a pas pu quitter le quartier : «J’ai fait une réservation par téléphone avec Camping and Co pour la semaine du 20 juin au camping du Tamaris à Barcarès. J’ai payé 133 euros par carte bancaire. Tout s’est bien passé. C’est une semaine avant de partir qu’on m’a contacté sur mon portable pour me dire qu’il y avait eu des inondations et que les mobil-homes étaient dégradés. Je leur ai demandé de trouver une solution avec un autre camping. Ils m’ont dit qu’il n’y avait rien à faire.»

 

«On est mal vu en permanence»

Jean-Pierre hausse le ton et les menace de faire appel à un avocat. «C’est là qu’ils m’ont proposé de me rembourser le double. Mais ce n’est pas la question ! Ils nous privent de vacances. Les gosses étaient heureux d’y aller. Ici, dans le quartier qui tombe en ruine, il n’y a rien pour les jeunes, pas de terrain de foot, pas de centre social, pas de parc. Rien. Même partir pas loin, on ne peut pas», témoigne-t-il dégoûté. À son frère, qui avait également prépayé son mobil-home, le camping a servi un autre argument : «Il n’y a plus de place.» Jean-Pierre a tout de suite compris : «Ils ne nous veulent pas parce qu’on est Gitans. Ils se sont aperçus qu’on venait du quartier Saint-Jacques… Comment expliquer aux enfants qu’on ne part plus à cause de nos origines ?»

À ses côtés, Mambo, président du comité d’animation de la place du Puig, dont plusieurs membres de la famille ont également été interdits de vacances, s’est chargé de porter plainte au commissariat, le 22 juin. Sur le procès-verbal, il est spécifié : «Une partie de nos adhérents sont allés sur place pour intégrer leurs mobil-homes. Ils ont été refoulés pour des raisons encore non caractérisées. Certains ont bien été remboursés, d’autres n’ont obtenu aucun remboursement.»

Même si les campings nient en bloc, pour Mambo, il n’y a pas l’ombre d’un doute. Les faits sont là. «C’est de la discrimination, assure-t-il. C’est pour ça que j’ai porté plainte au nom des 26 familles, sans compter celles qui ne se sont pas manifestées mais qui ont aussi essuyé des refus. On en a marre, on est mal vu en permanence. On veut que ça s’arrête.» De son côté, Christophe Hérouin, directeur du camping des Tamaris, se défend de toute volonté de discriminer. Il a déjà reçu l’an dernier des familles gitanes. Pour lui, le problème, ce ne sont pas les gitans mais le fait qu’ils viennent nombreux : «Les effets de groupe dans un camping que ce soit des jeunes ou des gitans posent des soucis. Les risques de dérapages sont plus fréquents. S’ils venaient moins nombreux à la fois, ça se mélangerait plus tranquillement aux autres.  J’ai encore des clients qui sont partis plus tôt que prévu et qu’il a fallu que je rembourse…», plaide-t-il désappointé par la tournure de l’affaire.

 

FRANCE/PERPIGNAN/2015JUN28/ Reportage dans le quartier Saint Jacques de Perpignan ou vit une ancienne et importante commuaute gitan dont certaines familles se voient refuser l'acces aux campings de la cote lorqu'ils reservent des emplacements de vacances en juin. © Georges BARTOLI / Divergence pour l'Humanite.

Dans une rue du quartier Saint-Jacques, à Perpignan.

 

En juin, les tarifs sont moins chers…

Dans une rue adjacente, un couple de retraités a sorti des chaises devant une petite maison. La discussion s’engage. Antoine s’arrête quelques minutes avant d’aller à une messe évangélique en plein air, sur une autre placette. Il ne fait pas partie de ces familles plaignantes mais il connaît bien cette discrimination. «Avec ma femme, on travaille toute l’année et on a voulu à plusieurs reprises aller au camping Soleil Sud à Argelès. En juin, car c’est beaucoup moins cher qu’en haute saison. En arrivant, on nous disait que c’était complet, alors que le camping était à moitié vide. Une autre fois, la propriétaire nous a signalé la sortie avec son doigt. Ça voulait dire : “Dehors !” », témoigne Antoine, employé municipal. Excédé, il a fini par «laisser tomber, parce que personne ne (nous) écoute».

Il approuve l’idée de la plainte : «Ce racisme insupportable, ce n’est pas nouveau. Ça fait des générations. Avant, les Gitans, avec leurs roulottes, n’avaient pas le droit d’entrer dans les villages. On n’est pas des chiens, on est des êtres humains. Il faut que ces propriétaires de camping comprennent, on est des Français comme les autres.» Alertée par les Gitans afin qu’elle prenne position, la préfecture du Languedoc-Roussillon n’a pas non plus donné suite. Le comité d’animation a pris contact avec la Ligue des droits de l’homme pour, au-delà de sa première plainte, envisager d’autres suites judiciaires.

Ixchel Delaporte

photos Georges Bartoli

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *