Quand les oubliés de Grigny 2 montent à Paris

Une vingtaine de copropriétaires et de locataires, dont le maire de la ville, ont tenté d’interpeller, hier, la ministre du Logement sur le sort de ce grand ensemble surendetté en faillite.

Ils sont montés à Paris en car pour exprimer leur colère à Cécile Duflot, ministre du Logement. Quelques dizaines de locataires et copropriétaires du grand ensemble de Grigny 2 (5000 logements et 17 000 habitants), dont Philippe Rio le maire de la ville, sont venus dénoncer la gestion désastreuse des charges depuis plusieurs années. Empêchés par un cordon de CRS, les habitants ont déroulé une pancarte « Grigny 2 en colère » à l’angle de la rue de Varenne.

Malgré la création d’une régie publique de chauffage impulsée par la mairie et prête à fonctionner en garantissant un prix correct de gaz, l’adiministrateur financier a préféré reconduire le contrat du fournisseur habituel, Cofély. Et les copropriétaires en ont fait les frais dès l’appel de charges du mois de janvier. « On a reçu des factures de près de 50 % plus élevées que d’habitude. On ne peut pas continuer comme ça », s’emporte Isabelle Grenouillat, présidente du comité de soutien de Grigny 2 et ancienne présidente du conseil syndical. Retraités, jeunes actifs propriétaires mais aussi des locataires qui voudraient arrêter de payer pour ceux qui ne s’aquittent pas de leurs charges. « Ce sont toujours ceux qui paient rubis sur l’ongle, malgré les difficultés, qu’on ponctionne à tout bout de champs. On en a marre d’être des vaches à lait », lance une petite dame retraitée. Pascal, 44 ans, a acheté à Grigny 2 en 2008 sans connaître les difficultés de la copropriété. « Je suis très content de vivre ici, je n’aurai pas pu acheté un F3 à Paris. Mais j’ai vite compris qu’on nous demandait toujours plus. Je refuse de payer les dettes des années précedentes. Déjà que nous payons des garages qui sont condamnés depuis trois ans… », explique-t-il.

Grigny 2, c’est l’histoire d’un grand ensemble de rêve, construit dans les années 60, dont la dégradation n’a cessé de s’accentuer. En cause ? Les agents immobiliers qui ont vendu des appartements à la pelle sans prévenir les futurs propriétaires du niveau des charges. Du coup, nombre d’entre eux se sont retrouvés dans des situations de surendettement graves. Il y a aussi les marchands de sommeil qui se sont engouffrés dans la brèche, louant un appartement à plusieurs familles, percevant plusieurs loyers, sans payer les charges. « Nous payons pour tous ceux qui ne peuvent pas et c’est injuste. Je touche une petite retraite et au rythme où augmentent les charges, il va arriver un moment où je ne pourrais plus. En plus, je ne peux pas vendre, car ces appartements ne valent plus rien. Oui, je suis très inquiète », confie une retraitée, habitante de Grigny 2 depuis 37 ans. Avec une pétition signée par 900 personnes, ces grignois réclament l’annulation de la dette dûe à Cofély (chauffagiste) de 3,6 millions d’euros. Ils refusent de payer la caution de 1 million euros demandée par Gaz de Paris et veulent l’annulation des contrats signés avec les deux fournisseurs, dont les prix varient en fonction des indices boursiers…

Ixchel Delaporte

photo I.D

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