"Don’t panik, i’m muslim"

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L’un est rappeur, l’autre chercheur. Médine écrit et chante des textes de rap engagé. Pascal Boniface est un spécialiste des relations internationales, des médias et des élites. L’un s’emploie à dénoncer les stéréotypes sur les habitants des quartiers populaires avec sa musique ; l’autre ne cesse de réfléchir et d’analyser les raisons de cette immense peur qui gagne les pays Européens face à l’Islam. Cette rencontre, qui à première vue semble improbable, devient alors évidente. Très exhaustif, l’ouvrage, écrit sous forme de dialogues, balaie de nombreux sujets : des rapports entre le rap et les institutions, en passant par le rôle des médias dans la fabrication d’idées reçues et par l’impact en France des enjeux du conflit israëlo-palestinien mais aussi en abordant la condition des femmes et le rapport à la religion. Mais à chaque fois, un leitmotiv revient et cette question que les auteurs ne cessent de se poser : pourquoi les musulmans font-ils si peur ?

Une partie de la réponse, c’est Médine qui la donne avec humour à travers le titre d’une des chansons phare, devenue solgan : Don’t panik (N’ayez pas peur). Et d’abord, qui a peur ? Le propos du chanteur est clair : « les Français ont peur du non-Français, l’Européen de la mondialisation, les citoyens redoutent de leurs voisins d’hypothétiques agressions, le travailleur craint le chômeur, le retraité la précarité(…) Avec d’un côté les « leaders moraux » et de l’autre, les boucs émissaires désignés comme menace pour les valeurs de notre société ». Voilà pour le diagnostic lucide et sans détour. L’islam et les musulmans sont en première ligne dans ce processus de mise au ban. Une préoccupation obsède alors les deux hommes : comment faire pour déminer le terrain, alors que certains s’emploient au contraire à le rendre impraticable ? C’est une technique politique bien rodée, expliquée par le géopolitologue : « On dénonce un phénomène et ce faisant, on crée les conditions de son renforcement. Si l’on stigmatise les musulmans, ils vont se replier sur eux-mêmes et donc ne plus fréquenter des gens différents d’eux, en se disant que de l’extérieur ne peuvent venir que des condamnations, des amalgames ». Les médias de masse en prennent aussi pour leur grade, lorsque Médine autant que Boniface, détaillent des mésaventures médiatiques, où les propos rapportés sur l’Islam ou l’affaire Merah étaient tronqués et faux.

Si on apprécie la franchise des échanges, il arrive que l’on tombe dans l’écueil de la conversation orale qui tourne parfois à l’enfilade de généralités. Et puis, autre regret, les moments d’auto-congratulation entre Médine et Boniface, qui paraissent d’autant plus inutiles dans un livre qui porte haut une colère légitime. Puisque « Don’t panik » s’emploie à condamner avec force l’islamophobie et l’antisémitisme en pointant sans compromission les responsabilités médiatiques et politiques.

Ixchel Delaporte

« Don’t panik », par Médine et Pascal Boniface, éditions Desclée de Brouwer, 2012, 17,90 euros.

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