"La police de proximité, c’est du passé"

Depuis le 9 septembre, dix-huit policiers patrouilleurs ont été déployés à Amiens-Nord. Un dispositif mis en place dans le cadre de la zone de sécurité prioritaire (ZSP) et accueilli avec circonspection par les habitants. Reportage.

Deux jeunes sur un scooter passent sur l’avenue de la Paix, qui longe le marché du Colvert à Amiens Nord. L’un d’eux n’a pas de casque. Peu surpris, le brigadier chef David Lenoir les suit du regard : « Voilà, c’est, entre autres, ce genre d’attitude qu’on va essayer de faire changer. Le port du casque, c’est un point de départ avec les jeunes. Au bout de trois fois, s’ils n’obtempèrent pas, ils finiront par être sanctionnés. » Depuis le 9 septembre, dix-huit policiers ont été affectés au quartier nord d’Amiens, dans le cadre de la zone de sécurité prioritaire (ZSP) créée par Manuel Valls, le 3 août 2012. Présence de policiers et de gendarmes accrue (une quarantaine de CRS sont là tous les soirs), arrestations de jeunes soupçonnés d’avoir participé aux émeutes d’août 2012, renforcement du travail de renseignement, installation d’une caméra de vidéosurveillance à Fafet-Brossolette… Lors d’une conférence de presse, le 6 septembre, le préfet de la Somme, Jean-François Cordet, a édicté la longue liste des « nouvelles méthodes de travail, fondées sur une coopération renforcée entre services de sécurité, justice et partenaires publics ». C’est qu’Amiens est devenue la ville-test de la réussite des actions menées par les ministères de l’Intérieur et de la Ville. Et les patrouilleurs sont devenus le symbole de « l’aboutissement du déploiement de la ZSP d’Amiens-Nord ». Dispositif unique en France, ces dix-huit fonctionnaires de police sont munis de petites caméras portables. Ils seront renforcés, en cas d’urgence, par six autres collègues véhiculés et ont été recrutés sur la base du volontariat et de leur motivation. « Notre objectif est d’assurer une présence policière visible de 14 heures à 22 heures. On circule dans un secteur assez large entre le Colvert, Fafet, Balzac. On n’est pas là pour faire copain-copain mais pour être fermes. On a la double casquette, prévention-répression », explique le brigadier chef Lenoir.

« Qu’est-ce qui a vraiment changé depuis les émeutes ? »

Pas question de comparer patrouilleurs et police de proximité… « La prévention, la pédagogie, le dialogue oui, mais pas seulement. La police de proximité, c’est du passé. Aujourd’hui, on est là pour réaliser des interpellations, des interventions de premier degré, relever les infractions, établir des procédures… À la suite des émeutes, les gens n’osaient plus sortir, ils venaient moins au marché. Ça pénalisait tout le monde, explique ce fonctionnaire arrivé à Amiens en septembre 2012. Les gens sont demandeurs de plus de sécurité. » Le sentiment de vivre dans un quartier plus calme est apprécié. « Depuis la ZSP, il y a moins de bruit, moins d’incivilités, c’est vrai, reconnaît une mère de famille. Mais en même temps, le quartier est d’une tristesse à mourir. La présence des CRS est trop imposante et ça peut toujours déraper quand ils contrôlent les jeunes pour un oui ou pour un non. Est-ce que ces nouveaux policiers vont changer l’image de la police ? Je ne crois pas. » Pourtant, la question n’est toutefois pas aussi essentielle que l’affirme le brigadier. Dans l’ordre des priorités, l’emploi ou le logement, plus généralement les conditions sociales, la devancent. À Fafet, point de départ des révoltes d’août 2012, leur présence pose question. Comme à cette habitante très impliquée dans la vie associative et qui comprend mal l’empilement de mesures sécuritaires : « Ils vont venir faire quoi, ici ? Qu’est-ce qui a vraiment changé dans le quartier depuis les émeutes ? Rien. Les gens vivent mal, ils n’ont pas de boulot ou alors ils triment. Franchement, on ne voit pas ce qui change dans nos vies… »

Lorsque les policiers font le tour des magasins du Colvert, les commerçants jouent le jeu et leur serrent la main. Dans les cafés, ou devant le kebab, les jeunes les regardent avec méfiance. Pour le moment, ces patrouilleurs se déplacent à six mais devraient, à court terme, se scinder en groupes de trois. « On est dans une phase de découverte. À Fafet, on y est passés hier. Aujourd’hui, nous allons traverser le quartier Balzac. On dit bonjour aux commerçants et aux gens que l’on croise. Hier, sur huit jeunes, quatre nous ont dit bonjour, deux nous ont fait un signe de tête et deux ne nous ont pas répondu, c’est un bon début ! » conclut le brigadier chef David Lenoir.

Ixchel Delaporte

photo ID

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