"Les politiques ne savent pas ce qu’on vit en banlieue"

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Fabien, dix-neuf ans, est étudiant en 1ère année de droit à l’université de Nanterre. Habitant d’une cité d’Alfortville (94), il explique ses aspirations et son manque d’intérêt pour la politique traditionnelle.

Depuis septembre, Fabien est inscrit en première année de droit à l’université de Nanterre. Il n’a pas choisi la facilité. Fabien vit avec sa mère, agent hospitalier, à Alfortville (Val-de-Marne) dans le quartier populaire des Alouettes. C’est le petit dernier d’une fratrie de cinq enfants. Sa vie est rythmée par les études mais aussi par son travail à mi-temps dans une école primaire de la ville, où il intervient à la « pause méridienne » comme animateur. Sa petite paye (164 euros par mois) et sa bourse d’étudiant atterrissent directement dans son Livret A pour « s’acheter un logement plus tard ». Pour Fabien, l’autonomie financière, c’est essentiel. Il travaille depuis l’âge de seize ans, d’abord comme vendeur dans un magasin de sport, puis cuisinier chez McDo. Ce jeune majeur vise une licence de droit pour ensuite partir loin. « Parce qu’en France, dit-il, il n’y a rien pour nous. » Nous ? « Oui, nous, les jeunes des quartiers. On est mal vus, mal considérés, discriminés. Et il n’y a pas que le nom qui pose problème pour trouver du travail, il y a aussi le lieu où on habite. Quand on veut réserver une salle pour faire un anniversaire et qu’on habite les Alouettes, on ne nous la donne pas. »

Les stages dans des cabinets d’avocats, Fabien en a fait le deuil. « Je n’envoie pas de CV, c’est une cause perdue. Avec mon style vestimentaire, c’est même pas la peine. Je n’ai aucune chance », lâche-t-il, désabusé. Fabien ne fait que passer dans son quartier, pour dormir. « Il n’y a rien ici, pas de cinémas, pas de terrains pour faire du sport, pas de salles pour s’entraîner à danser. Si j’ai un diplôme, j’aimerais aller aux États-Unis, là-bas, les jeux sont plus ouverts qu’en France. Ici les entreprises ne laissent pas leur chance aux jeunes. » Fabien et sa génération ont l’impression de se retrouver trop souvent avec des petits boulots précaires qu’ils n’ont pas choisis et qui ne correspondent pas à leurs diplômes. « On doit toujours en faire plus que les autres pour prouver qu’on est capables. C’est fatiguant. »

Pour les élections, Fabien ira voter, même s’il a une vague sensation de déjà-vu. « Ça ne me passionne pas, mais je vais comparer, lire les programmes. Je déciderai sans me laisser influencer. Par contre, ce dont je suis sûr, c’est qu’aucun candidat ne porte la voix des quartiers. Ils ne savent ce qu’on vit ici, en banlieue. »

Ixchel Delaporte

photo I.D

 

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