"Surtout, ne faites pas les mêmes erreurs que nous…"

A l’initiative du centre social Balzac de Vitry-sur-Seine et Petit-Prés Sablières à Créteil, une vingtaine d’habitants ont échangé sur les épreuves de la démolition et du relogement.

Les uns ont vécu la rénovation urbaine. Les autres s’apprêtent à la vivre. De Vitry-sur-Seine à Créteil (Val-de-Marne), d’une rive à l’autre de la Seine, les opérations ANRU se suivent mais ne se ressemblent pas. Pour autant, les inquiétudes des habitants sont similaires. Les uns viennent transmettre aux autres l’expérience d’une rénovation presque achevée. Dans la salle du centre social Petits-Prés Sablières de Créteil, la quinzaine de locataires du quartier éponyme ouvrent la séance. « Moi, je suis en colère parce qu’on m’a proposé un logement beaucoup trop cher. Je vis avec ma mère et si je pars, elle devra payer seule, elle n’y arrivera pas car elle touche une petite retraite», lance un locataire. Une ancienne du quartier, s’inquiète pour sa mère dont les repères se trouvent au Petit-Prés Sablières. « Elle a le bus, la mosquée, les petits commerces. Ses enfants ont grandi ici, ils sont tous partis. Pourtant, elle n’est pas seule ! Ma mère ne veut pas partir… », explique Alima, un brin affolée. « Et à Balzac, interpelle une habitante de Créteil, avez-vous été indemnisé pour partir ? ». « Non, répond Fatiha, habitante de Vitry. Mon père avait la maladie d’Alzheimer et le premier appartement qu’on m’a proposé était près de la nationale. Ca ne me convenait pas, j’avais peur qu’il lui arrive quelque chose. J’ai bataillé pour avoir un F4 dans un logement presque neuf. Les loyers étaient plus chers mais encore une fois, on a négocié et on a même réussi à faire baisser le loyer de 60 euros ».

Médusés, les habitants de Créteil écarquillent les yeux. S’organiser en amicale de locataires, réfléchir collectivement aux solutions de relogements, voilà en somme le message porté par les habitants de Balzac qui regrettent de n’avoir pas toujours gardé des traces écrites des informations données par les bailleurs ou par l’agence de rénovation urbaine. « A Vitry, c’était comme un village, tout le monde se connaissait, des tas de communautés vivaient ensemble. Il y a aussi de la délinquance dans la cité et ce n’est pas le relogement qui changera ça », poursuit Fatiha. Mauricio trépigne. Il redit sa colère sur l’ancien bailleur qui « nous a laissé vivre comme des animaux pendant des années ». Khoukha, animatrice au centre social Balzac rebondit et tempère : « Je comprends votre colère Monsieur. Au début, les gens n’étaient pas préparés. Ca ne sert à rien de s’énerver, parce que les projets sont décidés, donc il vaut mieux mettre son énergie à s’organiser, car l’union fait effectivement la force ». Un homme d’une cinquantaine d’années, handicapé, explique qu’il est sur le point de quitter son quartier du Petit Prés. « J’ai demandé un F2. On m’a proposé un T1 à la Pointe du Lac. Un studio à mon âge, c’est petit… » « C’est négociable ! », répond Khoukha du tac-o-tac.

La rencontre aura durée deux heures. Deux heures d’une parole libérée. Et Abdel-Krim Achemaoui, directeur du centre social Petits-Prés-Sablières, de conclure : « C’est très important pour nous d’accompagner cette étape de mobilité. Les habitants ont peur et c’est normal. A nous, acteurs locaux de les soutenir ».

Ixchel Delaporte

photos Patrick Nussbaum

"Surtout, ne faites pas les mêmes erreurs que nous..."

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