"Un attachement très fort aux services publics"

img 2700

Catherine Jourdan (à droite sur la photo) est artiste plasticienne et philosophe. Depuis plusieurs années, elle réalise des cartes subjectives avec des enfants. Après avoir conçu deux cartes avec les enfants de deux quartiers de Nantes, elle réitère l’expérience, cette année, avec les enfants du quartier populaire du Blosne à Rennes.

 


Comment vous est venue l’idée de réaliser des cartes subjectives ?

 

Catherine Jourdan. La géographie est une préoccupation personnelle depuis longtemps. Et c’est l’aspect sensible de la géographie des lieux qui m’intéresse. J’ai commencé à Nantes en faisant la carte de mon quartier. Puis avec Sarah Debove et notre collectif La Galcière*, nous avons monté un projet avec des enfants de Rezé pour qu’ils représentent leur quartier. Une carte des peurs et des odeurs en papier mâché. L’accueil fut très bon. Du coup, on s’est lancé dans une aventure similaire mais à l’échelle de la ville d’Amiens, avec des jeunes du collège Rimbaud. Nous avons ensuite enchaîné avec les enfants de deux quartiers de Nantes. Enfin, en avril dernier, nous avons travaillé avec les enfants du Blosne à Rennes.

 

Pourquoi faire une carte du point de vue des enfants ?

 

Catherine Jourdan. Les enfants ne sont jamais considérés comme des usagers de la ville. Nous partons du principe qu’ils ont des choses à dire. La ville est vivante, c’est un territoire commun qui se rêve et qui s’imagine collectivement. Le but est que les gens se l’approprient, la regardent et en discutent. Il est intéressant de voir comment la Turquie dans le cadre d’une géographie subjective est plus proche de Rennes que Saint-Brieuc. La ville est un enjeu qui fait cohabiter deux espaces culturels et on s’aperçoit qu’il n’y a pas tant de frontières que ça.

 

Qu’y a-t-il de commun entre les différentes cartes subjectives réalisées jusqu’à maintenant ?

 

Catherine Jourdan. Je perçois un attachement très fort aux services publics. Les parcs, les piscines, la bibliothèque, le centre de loisir, les stades. Ce sont de vrais repères pour les enfants. Et puis, il existe une réelle préoccupation autour de la place de la voiture dans la ville. Leurs peurs sont liées à ce qui peut être menaçant à leur niveau. Les enfants sont plus proches du sol et donc plus sensibles à la boue, aux crottes de chien… A Nantes, on avait remarqué que la circulation était déterminée par la Loire et par le tram. Mais à Rennes, les enfants n’ont que le métro comme point de repère. Ils ont une vision floue de l’espace, ce qui fait que les quartiers leur paraissent virtuels. Nous n’avons pas la prétention de produire une carte sociologique, ni une œuvre d’art. C’est plutôt un objet hybride qui joue de l’imaginaire et des choses sérieuses. La carte est un outil de pouvoir, c’est une manière de penser le monde d’en haut. Avec la géographie subjective, on renverse le regard, on utilise les codes de la géographie, pour en faire une plus humaine.

 

Entretien réalisé par Ixchel Delaporte

photo I.D

 

 * Pour plus d’infos sur ce collectif d’artsites : http://laglaciere.over-blog.com

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *