Une manif pour l’égalité, sous l’aile de Mandela

En écho à la marche de 1983 et à l’appel du collectif Égalité des droits, justice pour tous, environ 2 000 personnes ont défilé samedi à Paris pour revendiquer des droits effectifs.

Il est des concordances des temps qui ne trompent pas. Le lendemain de la mort de Mandela, près de 2 000 manifestants se sont rassemblés square Saïd-Bouziri, dans le 18e arrondissement de Paris, à l’occasion des trente ans de la Marche pour l’égalité et contre le racisme. Prévue depuis plusieurs mois, la manifestation et son point de départ ne sont pas anodins. Saïd Bouziri, militant tunisien, est le symbole des batailles qui se poursuivent aujourd’hui pour le droit de vote des étrangers, le mouvement des travailleurs immigrés initié à la fin des années soixante ou encore la dénonciation des crimes racistes.

Des pancartes avec des poings noirs fermés et des slogans «Pote ou pas pote, d’abord le droit de vote» rappellent les fondamentaux de la première marche de 1983, entamée par une jeunesse française d’origine immigrée maintenue dans l’invisibilité. Car, loin d’enterrer ou de commémorer cette marche, les militants présents samedi entendent la réactiver. «On n’est pas dans le deuil, on est dans la révolte. Il suffit de voir ce qui se passe dans les quartiers populaires français, de parler avec les familles de victimes de violences policières, de voir comment sont considérés les Roms et les sans-papiers pour se rendre compte que la xénophobie d’État subsiste», s’insurge Fernanda Marrucchelli, de la Fédération des associations de solidarité avec les travailleurs immigrés et du collectif pour l’égalité. Pour elle, le gouvernement, «fût-il socialiste», ne s’est pas illustré dans la lutte concrète contre les discriminations. «Le populisme se nourrit de renoncements politiques.» Un couple avec son petit garçon s’est glissé dans le cortège avec les sans-papiers d’Île-de-France. «Mes origines, explique Hichem, font que je suis directement concerné. Il n’y a pas d’égalité en France. Dans ma vie privée ou professionnelle, je subis des discriminations. Les contrôles au faciès, c’est une réalité qui ne choque personne», lâche-t-il, dégoûté.

Derrière une banderole où on peut lire «Nous sommes tous noirs, arabes, roms, musulmans», deux manifestantes discutent «du climat délétère en France, de la méfiance envers les étrangers par méconnaissance, mais aussi à cause de la crise qui fragilise les relations», d’après Kaourintina, étudiante à Paris-IV. Oriane, étudiante en lettres, mariée à un Algérien, raconte la violence de l’administration pour obtenir des papiers : «Les mariages mixtes sont pointés du doigt. Sans papiers, la vie est un enfer. On a l’impression que la France et son administration veut faire exploser nos couples». À quelques pas de là, une grande pancarte aux couleurs de l’Afrique du Sud et ce message : «Merci Nelson Mandela».

Ixchel Delaporte

photos Pierre Pytkowicz

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