Une sage femme itinérante pour les femmes SDF

Couronné par le Prix Territoria d’or 2017, décerné par l’Observatoire national de l’innovation publique, le dispositif PMI Hors les murs de la ville de Paris accompagne et soigne une quarantaine de femmes enceintes et d’enfants à la rue.

Une dizaine de familles se massent devant les grilles de l’Espace social insertion de la rue du Chemin Vert. Chaque mercredi, Véronique Boulinguez, sage-femme de la Protection maternelle infantile (PMI) de Paris, y tient une permanence. C’est le centre social d’action protestant (CASP) et l’Oeuvre de Secours à l’enfance (OSE), qui gèrent ensemble ce lieu, inauguré il y a un an et réparti en plusieurs pièces au rez-de-chaussée de l’immeuble. Déjà orientées et repérées dans la rue par les services sociaux de la mairie de Paris, plusieurs femmes enceintes, accompagnées par leur compagnon, ont rendez-vous avec la sage-femme. Alpaguée par un jeune homme de 16 ans, qui lui tend son téléphone portable et lui montre le rendez-vous pour sa belle-soeur, Véronique le rassure : « Oui, nous allons examiner Madame mais d’abord il faut j’aille installer mon matériel. Je vous retrouve tout à l’heure ».

Une sage-femme en itinérance pour « aller vers »

Avec une petite valise à roulette, la sage-femme traverse la cour et entre dans une toute petite pièce, munie d’un bureau, deux chaises et un lit de gynécologie. Depuis peu, Véronique a un ordinateur portable qui lui permet de reporter les informations, de se connecter aux dossiers et de les transmettre directement à ses collègues médecins et à la ville de Paris. Dans sa valise, un Doppler foetal pour écouter le cœur du bébé et un instrument pour la mesure de la tension. Indispensable pour faire comprendre l’accouchement à des femmes qui ne parlent pas le français, un petit squelette de bassin et deux poupées nouveau né sont posés sur le bureau. Véronique Boulinguez est la sage-femme du dispositif PMI Hors les murs, crée en 2016, lors de l’arrivée massive de migrants à Paris et dans le cadre du pacte parisien de lutte contre la grande exclusion. « Ma mission consiste à me déplacer et à aller à la rencontre de ce public fragile, vivant à la rue. Ces personnes bougent sans cesse d’un jour à l’autre. Elles ne connaissent pas notre système de soins. La PMI est un maillon qui permet de lutter contre ces vulnérabilités. Par leur grossesse, les femmes enceintes vont avoir accès aux soins mais aussi au droit commun et permettre à leur famille d’y accéder également », expose-t-elle, derrière son bureau. Le matin-même, à 8h30, elle marchait dans le bois de Vincennes avec la maraude Emmaüs à la recherche d’une femme bulgare enceinte de huit mois, vivant sous la tente avec son mari depuis un an. « Nous l’avons trouvé et j’ai pu l’examiner sur place. Elle va plutôt bien et j’ai pu l’inscrire dans une maternité. Je retournerai sans doute la voir avant qu’elle accouche », poursuit-elle. Le principe de ce dispositif suppose d’être réactif. Véronique a été informée de ce cas la veille au soir. Mais son quotidien de sage femme itinérante est aussi rythmé par des permanences dans différents centres d’hébergement pour migrants ou centres sociaux parisiens. Comme ici, au centre d’accueil social protestant, dans le XIème arrondissement.

De Naples à Paris, dans la rue, enceinte avec un enfant de un an et demi

Cristina est une roumaine de 20 ans. Son fils de un an et son mari l’attendent dehors, le temps de la consultation. Enceinte de 16 semaines, on remarque à peine l’arrondi de son ventre. Elle ne parle pas un mot de Français. Dans un italien parfait, elle explique à Véronique, via la traductrice du centre, qu’elle a du quitter Naples il y a deux mois. « Nous vivions depuis cinq ans là-bas. Mon mari travaillait dans une usine de mozzarella. Son patron a été mis en prison et l’entreprise a fermé. Nous avons été obligé de partir. On nous a dit qu’en France, il y avait du travail… », relate-t-elle. Depuis deux mois, ils dorment à la rue du côté de Saint-Michel, en essayant de trouver dans la gare RER des recoins moins glacés. « Je vais vous poser quelques questions sur votre grossesse et sur votre santé », enchaîne la sage-femme. Cristina a déjà fait une fausse couche en Italie avant d’avoir son premier enfant à cause de charges très lourdes qu’elle portait. Elle n’a pas encore fait de prise de sang ni d’échographie.

Une entrée dans le circuit des soins

« Je ne sais pas où aller, on n’a pas d’argent. J’ai appelé le 115 mais à chaque fois, on me dit qu’il n’y a plus de place et qu’il faut attendre. » Véronique Boulinguez la met à l’aise : « Je vais d’abord vous trouver un rendez-vous à l’hôpital Port-Royal pour faire un examen et une échographie. Ensuite, je vais vous inscrire dans une maternité si vous êtes d’accord ». Avec un grand sourire, Cristina acquiesce, comme soulagée. Après un examen rapide, qui a permis à la jeune maman d’écouter le cœur de son bébé, Véronique l’interroge sur l’hébergement. Manifestement, Cristina peine à se faire comprendre par le 115. « Je vais écrire une lettre au 115 en expliquant votre situation. Mais vous devez continuer à les appeler, précise Véronique. Le fait que vous soyez enceinte va peut-être accélérer les choses. En attendant, vous mangez où ? ». Cristina explique qu’elle a une carte pour un repas donné par la Mairie de Paris. La carte arrive à échéance. Véronique lui en fournit une autre pour décembre. « On essaie de trouver des solutions immédiate globale, glisse la sage-femme en replissant le carnet de grossesse, car il est difficile de faire un suivi avec une femme enceinte qui ne s’alimente pas correctement et qui ne dort pas la nuit ». Il est déjà 14h30. Véronique lui donne son numéro de portable et l’incite à revenir la voir dès qu’elle en aura besoin. Cristina se sent plus tranquille d’avoir été enfin comprise dans sa langue et de savoir où elle donnera naissance à son deuxième enfant.

Ixchel Delaporte

photo Magali Bragard

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