Vous reprendrez bien un tour de moto ?

Troisième et dernier texte écrit pour l’association La Forge. Merci à eux de m’avoir donné l’occasion

de belles rencontres. Cette séance était dédiée à la question de la mobilité dans le quartier.

Le café, c’est un rituel. Peu avant 15 heures, quelques habitantes du quartier sont déjà là. On attend l’invité : Pierre-Yves de Roue libre 80, une association de pratique citoyenne autour du deux roues. En attendant, on prend des nouvelles. Au fait, la lettre des habitantes aux autorités, elle n’a toujours pas de réponse ? Non ! Toujours rien. Ils finiront bien par répondre. Dans cette lettre, les habitantes exposent les problèmes auxquelles elles font face dans le quartier. C’est de là qu’est partie l’idée de convier l’ensemble des associations impliquées à Fafet Borssolette. Il est 15 heures, Pierre-Yves est à l’heure. Dans une ambiance joyeuse et jusqu’à 16 h 30, les habitantes présentes ne lui laisseront pas une minute  minute de répit.
Pierre-Yves vient du Vimeux. Il est membre de Roue libre depuis trois ans. Le Vimeux, ça fait loin d’Amiens Nord. S’il a ressenti quelques appréhensions avant de venir dans le quartier, c’est « parce que je ne connaissais pas » explique-t-il. « Et si je suis encore là, c’est parce que tout se passe très bien« . Roue libre 80 n’a pas de vocation sportive. Le VTT, le motocross, c’est plus de la découverte et peut-être même un prétexte pour faire de la sécurité routière, savoir lire les panneaux, connaître les règles, éviter les accidents qu’il peut y avoir sur le quartier, bref apprendre aux jeunes à ne pas se mettre en danger.

-Ah, c’est encore pour les jeunes. Et nous, les femmes alors ?
-Oui parce que nous, on est toujours enfermées dans la couture au Cardan. On veut bien aller faire de la moto en dehors du quartier. On peut faire des sorties, c’est pas interdit. Sinon, on reste clouées ici ou à l’Albatros.
-Cht’homme, il va nous aider !
-Moi, je ne sais plus faire de vélo…

Reprenons : Roue libre, c’est gratuit et il y a des motos de toutes les tailles. « On intervient à l’école primaire, on essaie de répondre à toutes les demandes. On peut louer des scooters aussi. Car beaucoup de personnes en recherche de travail ou en formation ont de grosses difficultés à se déplacer« , détaille Pierre-Yves très posé.

-Oui, y’en a qui bossent à 5 heures, c’est pas les bus qui vont les emmener au travail.
-Moi, je ne sais pas conduire, ils sont comment les scooters ? Je ne les ai jamais vus.
-Et la nuit alors, qu’est-ce qu’on en fait du scooter ?

« En général, les gens se débrouillent pour trouver un lieu fermé. La caution ? 150 euros et 50 euros par mois pour la location, neuf scooters à disposition« , répond Pierre-Yves.

-Monsieur Moto, vous savez, ici, le plus embêtant, c’est qu’il n’y a pas de cave. Moi j’avais un scooter, et j’embêtais beaucoup Madame Cardan, elle n’aimait pas que je laisse mon scooter en bas.

Même problème pour les poussettes et les vélos. Si le quartier doit être refait, l’architecte devrait y penser. C’est important les moyens de transports. Pour certains, le scoot leur a permis de se réinsérer dans la vie active. Après le reste suit : une fois qu’on a du boulot, on peut s’acheter son propre scooter…
-Oui, c’est vrai mais 150 euros de caution… Je préfère rester à pied.

Du scooter à son rangement… Et toujours la question récurrente du besoin de locaux sécurisés que les habitants réclament dans le cadre de la rénovation urbaine.


-Des locaux fermés et sécurisés, on les a déjà demandés, on a même demandé l’ascenseur. On ne les aura pas. On a fait une lettre aux autorités et on n’a pas de réponse.
-L’autre jour, il y a un tracteur qui a brûlé. Des gens cagoulés ont mis le feu à sa paille quand un agriculteur traversait le quartier. Il est descendu affolé avec sa fourche pour arrêter l’incendie mais rien. Tout est parti en fumée. Les pompiers, ont mis une demie-heure pour éteindre. Non mais quelle idée ? Le gars, il était choqué. Ca va lui coûter 3000 ou 4000 euros. Alors maintenant, il ne passe plus dans le quartier, il fait le grand tour. C’est pas évident.

Revenons à nos motos : Roue libre, c’est ouvert à tous. 80 % des gens viennent d’Amiens nord, les autres n’ont pas peur de venir ! Le local de l’association se trouve au 24 rue Pierre Brossolette dans un immeuble promis à la démolition. « Pour l’instant, tant qu’on l’a, ça va. Amiens Métropole y réfléchit parce que nous, il nous faut un local sécurisé« , dit Pierre-Yves.
Parfois, la moto, c’est un objet pour exprimer sa colère. « Nous on est là pour la canaliser en expliquant et en cadrant cette pratique au maximum. C’est sûr qu’on ne fait pas des miracles. Mais on essaie de faire de la prévention« .

-Eh bien nous, la moto, ça nous changerait de la cuisine. Oui, au fait, on fait un repas et un bal masqué tenue correct exigée !
-Ah mais Monsieur Moto ne connaît pas les rendez-vous de l’Albatros du mardi soir. Il faut lui expliquer. Qui lui explique ?
-Tous les mardis soir, on se réunit, on parle ce qu’on veut faire, il y a du soutien scolaire, des ateliers vidéos, de la lecture. Et le 17 avril, on fait un repas pour Pâques. On peut parler de Roue libre là-bas. Vous pouvez venir.
-Oui, je passerai, avec plaisir !, répond Pierre-Yves.

Demain, des politiques viennent à Calmettes, le préfet, le maire… Ils viennent visiter l’appartement témoin. La barre devait être détruite aujourd’hui, mais il n’y a rien eu. Peut-être que ce sera pour la semaine prochaine ?

Ixchel Delaporte

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