Contre les associations, les maires Front national règnent par la peur

marine Le Pen, candidate du front national dans la 11 eme circonscription du pas de calais sur le marche d'henin beaumont,
pendant ce temps des skinhead deambulent entre les etals, avec leurs tatouages nazis

par olivier coret pour l'humanite

À Hénin-Beaumont, Mantes-la-Ville et Hayange, les équipes municipales s’attaquent au Secours populaire et à la LDH, considérés comme des ennemis politiques. Elles manœuvrent en revanche plus discrètement pour mettre toutes les associations au pas ou pour les faire couler, en silence. Nous avons enquêté dans trois villes frontistes et rencontré les acteurs de la vie associative. Ceux qui acceptent de parler racontent les pressions sournoises exercées en coulisse par des équipes municipales haineuses qui ne supportent pas la contradiction. Et qui, à travers certaines associations comme le Secours populaire, cherchent à démolir des personnalités locales engagées, qui osent parler. Une manière d’instaurer un climat de terreur.

 

Vous cherchez la France apaisée ? Elle se trouve, paraît-il, à Hénin-Beaumont, à Mantes-la-Ville ou encore à Hayange. Des villes sans vagues où les apparences aux couleurs Marine sont sauves. À première vue, tout y est calme. La gestion des services locaux se veut irréprochable. Les maires de ces trois villes, Steeve Briois, Cyril Nauth et Fabien Engelmann projettent l’image de bons pères de famille rassurants, sévères mais justes. Voila pour la vitrine. Car il vaut mieux être avec le maire que contre lui. Nombre d’associations en ont fait l’amère expérience, condamnées au pain sec et à l’eau. Dès leur arrivée au pouvoir en 2014, les maires Front national n’ont pas hésité à faire des exemples. La Ligue des droits de l’homme et le Secours populaire ont été et sont toujours les deux associations les plus visées. Neuf jours après son élection, Steeve Briois mettait la LDH d’Hénin-Beaumont à la porte, qu’il jugeait trop « politisée ». Scénario identique à Mantes-la-Ville, dans les Yvelines, où la LDH s’est vu retirer ses subventions et son local : « C’est un choix politique et symbolique. Nous ne souhaitons plus subventionner cette association très politisée. D’autant que la section locale, dirigée par une personnalité d’extrême gauche élue d’opposition, l’est tout particulièrement », justifiait la maire FN, Cyril Nauth. Enfin, à Hayange, dans l’Est, le maire Fabien Engelmann s’en prend depuis plusieurs mois au Secours populaire, considérant dans un communiqué du 30 septembre dernier, que « madame la présidente (du Secours populaire) et son trésorier ont instrumentalisé l’antenne d’Hayange à des fins politiques, portés par leur haine viscérale et non fondée envers un parti démocratique ».

 

 

« Des conventions où le maire doit être explicitement remercié »

Voilà pour la partie émergée de l’iceberg. Car si ces maires médiatisent ces choix, cela masque habilement des stratégies, plus discrètes, de mise au pas généralisée du reste des associations. Les refus de soutien financier ou de prêt de matériel ne se drapent pas toujours d’arguments « politiques ». Il faut creuser pour s’apercevoir que, dans ces trois communes FN, le diable se niche dans les détails. Parmi les méthodes : des obligations inscrites dans les conventions signées entre mairie et association ou bien, plus cynique, la pratique du mépris et de virulentes intimidations via les réseaux sociaux.

A Hénin-Beaumont, lors d’un forum des associations alternatif, qui se tenait au O’Shannon samedi dernier, un bar du centre-ville, certaines d’entre elles décrivent comment elles ont été pénalisées, à bas bruit. Colette Grard a été longtemps bénévole à l’Amicale laïque. Elle raconte : « Dans les conventions que l’on signe avec la mairie, il est stipulé que le maire doit être remercié dans toute publication et qu’il doit être invité à chaque assemblée générale ou manifestation. Ils veulent tout contrôler. J’ai dit mon désaccord et j’ai été écartée de l’Amicale laïque qui a choisi de signer ». Avec son mari, elle donne des cours de guitare dans l’association Guitare amicale folk. Même s’ils ont refusé de signer la convention, Colette et son mari ont fait des demandes de salle pour donner les cours. Ils n’ont jamais obtenu de réponse. « Quand je croise le maire, il ne me dit plus bonjour. Il détourne le regard », soupire-t-elle. Pour cette ancienne dame de cantine, très investie en tant que parent d’élèves, seul ce qui est consommable semble trouver des financements. « On a l’impression d’une vie associative dorée, en fait, c’est creux.»

 

« A part quelques provocations, ils manoeuvrent en coulisse »

Pour Anim’acteurs, association d’éducation populaire, et Mine de culture, association culturelle et linguistique, même combat. Egalement présentes au forum, leurs bénévoles décrivent les procédés de l’équipe municipale frontiste : « On ne nous a jamais rien dit de manière transparente, assure Aurélien Caron, en service civique à Mine de culture. Quand on a demandé la location de matériel pour notre festival qui promeut les langues, ils nous l’ont refusé à la dernière minute. On remarque simplement que la mairie choisit ses assos, les plus rentables, les plus visibles. Mais ils le font en toute légalité. Sur le plan de la communication, ils sont rodés. Avec les scandales de la précédente municipalité, ils ne veulent pas faire de faux-pas, ils sont attendus au tournant. Donc, à part quelques provocations comme la crèche de Noël, ils manœuvrent en coulisse».

Des manœuvres qui rappellent celles employées par le maire de Mantes-la-Ville, située à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Paris. A ceci près que Cyril Nauth, le maire, assume la morosité de sa ville. Comme un projet de société. Pour lui, toute activité relève de la sphère privée, un point c’est tout. Sa deuxième obsession, ce sont les finances de la ville. Un cocktail parfait pour faire exploser entièrement un tissu associatif déjà fragile avant son arrivée. C’est exactement à ce moment-là que Romain Carbonne a décidé de créer le Collectif de réflexion et d’initiative citoyenne (CRIC). Sorte d’observatoire de la gestion de la ville par le FN, ses membres assistent à chaque conseil municipal, qu’ils mettent en ligne sur leur site. Ils organisent aussi « les écritoires », tables de quartier pour faire témoigner les habitants. Ce qu’ils récoltent ? Des plaintes sur la saleté, sur le manque d’éclairage et la dégradation de la ville. « Sur 16 000 votants, 2000 l’ont élu. Il fait une politique pour faire plaisir à ces 2000 personnes. Ce sont surtout des personnes âgées qui ne fréquentent pas les associations et qui n’ont pas d’enfants », analyse Romain Carbonne, mantois trentenaire. Pour ce militant déterminé à marquer le maire à la culotte, l’idéologie xénophobe de Cyril Nauth ne transparait pas dans sa gestion : « Le chacun chez soi est appliqué à la lettre. Le climat est léthargique. Il fait des économies sur la petite enfance, la vie associative et sur toute l’action sociale. Et les gens ne réagissent pas. Là où ils sont difficiles à attaquer, c’est que cette politique, sous couvert d’économies, n’est hélas pas propre au Front national ».

 

Une baisse des subventions aux associations de 35 %

Les subventions municipales aux associations ont baissé de 35 % par rapport à 2015 et de 45 % par rapport à 2013. Du FC Mantois (qui a perdu 75000 euros) au festival Blues-en-Seine, en passant par l’ensemble orchestral mantevillois ou les Restos du cœur, personne n’a été épargné. Dans ce contexte, pour les associations qui perçoivent encore des aides, difficile de s’opposer ouvertement. Serge Gaspalou, élu municipal Front de Gauche de l’opposition et directeur de l’école Jean Jaurès, explique l’engrenage : « Moins de subventions, moins d’activités, moins de fréquentation. Tout est réuni pour appauvrir des lieux de sociabilité comme les centres de vie sociale. Il y a de moins en moins d’animateurs. Du coup, le maire a transformé une partie du CVS en maison médicale. Il n’investit dans rien, il ne rénove aucun bâtiment public. Les économies, cela peut être louable mais pas partout et pas tout le temps ».

Moins obsédé par les économies que par sa propre image, Fabien Engelmann, maire d’Hayange, commune de 16000 habitants, située en Moselle, mène une bataille enragée contre le Secours populaire, qu’il pointe comme une succursale du Parti communiste. Ici, comme à Mantes-la-Ville, le maire a été élu avec 2500 voix sur 12000 électeurs. Comme à Mantes, c’est essentiellement un électorat âgé et fragile qui s’est tourné vers le Front national. Comme à Hénin-Beaumont, le maire d’Hayange organise un bal du troisième âge tous les mois, auquel il assiste. Pour eux, il a crée une navette gratuite pour faire les courses, aller chez le médecin ou les amener voter. « En soi, le bien-être et le confort des personnes âgées, pourquoi pas. Le problème, c’est que sa politique se limite à eux. Il n’a aucune politique de jeunesse. L’Académie musicale hayangeoise a perdu 25 000 euros avec pour prétexte qu’il n’y avait pas que des enfants d’Hayange qui en profitaient », dénonce Gilles Wobedo, jeune infirmier et président de l’association Hayange en résistance qui s’est formée dans la foulée des municipales. L’écrivain Marc Olenine, auteur de « Mandala sur Fensh », habitant de Hayange ne mâche pas ses mots sur cette gestion ridicule « à la Mussolini ». « C’est un fascisme municipal. Tout est bleu, blanc, rouge. Il a nettoyé le cimetière, instauré des amendes de 125 euros pour ceux qui font crotter leur chien. Il a instauré la Fête du cochon. Risposte laïque a sa chambre à la mairie. La police municipale en surnombre harcèle les migrants. Il a fait le buzz avec sa crèche et contre le Secours populaire. Ce jeune maire d’extrême-droite a fait main basse sur la ville.»

 

Obsession et paranoïa 

Auprès de la population pourtant, le climat de peur et le culte du maire, seul à s’exprimer sur tous les sujets, fonctionnent. Peu de personnes osent l’affronter en public. Et encore moins les responsables associatifs. Des pressions indirectes s’exercent sur des membres de telle ou telle association, jugés trop politisés ou trop critiques. Certains ont été obligés de céder au chantage pour éviter à leur association la perte d’une subvention et, à terme, le risque de disparaître. Cette terreur de basse intensité pratiquée dans les trois villes permet aux maires de limiter la contestation et de renverser les rôles. Recevoir une subvention devient un honneur et on se doit d’être reconnaissant à Monsieur Le Maire. Et si on ose le critiquer, c’est une attaque en justice. A ce jour, rapporte l’association Hayange en résistance, la ville a engagé 46.757 euros de frais de justice dont 17.814 euros contre les dissidents FN et 13.843 euros contre le personnel municipal.

Le sort fait au Secours populaire de Hénin-Beaumont et de Hayange sert à effrayer les potentiels dissidents. Des cibles permanentes de la mairie. Dorothée Fizazi, présidente du Secours populaire d’Hénin-Beaumont, est lasse des attaques ad nominem qu’elle voit s’inscrire sur sa page Facebook. Traitée de « bolchévique à la solde de David Noël » (conseiller municipal communiste d’Hénin-Beaumont), elle reçoit des messages grossiers par des pseudonymes, derrière lesquels, d’après elle, se dissimulent des adjoints frontistes comme Bruno Bilde. Le but est clair : déloger le Secours populaire d’un local en plein centre-ville. Avec pour argument, la démolition prochaine du bâtiment pour faire passer un bus. « Ce n’est pas faux, rétorque Dorothée Fizazi. Mais ils doivent nous proposer une solution. Nous venons en aide à cent familles héninoises, des travailleurs pauvres, des retraités, des gens au RSA et des SDF. Et contrairement à ce que prétend la mairie, nous n’y faisons pas de politique ». Après une manifestation de soutien fin octobre pour éviter le déménagement forcé, Steeve Briois en a profité pour régler ses comptes : « Candidate communiste aux dernières élections municipales et départementales à Hénin-Beaumont, Dorothée Fizazi organise, en tant que responsable du Secours populaire, une manifestation contre la mairie d’Hénin-Beaumont ». Dans les deux communes, l’obsession et la paranoïa des maires atteint des sommets.

 

Un élan de solidarité avec le Secours populaire d’Hayange

Que reproche Fabien Engelmann à Anne Duflot-Alliévi, présidente du Secours populaire d’Hayange ? De faire de la politique pour avoir donné un listing de bénéficiaires à l’association Hayange en résistance pour les amener au restaurant pour les fêtes de Noël. Il lui reproche aussi d’avoir critiqué le choix de la mairie d’exclure les enfants de migrants d’un goûter solidaire et de s’être exprimée à ce sujet dans Libération. Un affront de taille pour un maire qui a voté une motion « Ma ville sans migrants », avec bien d’autres municipalités frontistes. Il s’en prend aussi au trésorier de l’association Patrick Schweikert, qu’il accuse d’avoir fait partie d’une liste « d’extrême gauche » aux municipales de 2014 et « de se servir de sa position pour distiller son message politique, clairement opposé au Front national ». Enfin, il est persuadé que la présidente a « cristallisé un ensemble d’opposants politiques pour mener une action à l’encontre de la municipalité en place ».

Ce harcèlement permanent que subit Anne Duflot-Alliévi ressemble à une guerre des nerfs. Mais cette infirmière libérale, bénévole au Secours populaire depuis plus de vingt ans, refuse de plier. « Il est venu m’agresser au local avec ses colistiers et la police municipale en me disant qu’il allait faire fermer le Secours populaire et que nous n’aurions plus aucune aide. On n’a plus de droit de participer aux manifestations de la ville. Ils nous ont enlevé le camions pour décharger les victuailles », relate-t-elle. Face à une telle virulence, Anne et les autres bénévoles font de la résistance. Ils n’ont pas rendu les clés et bénéficient d’un immense élan de solidarité de la part des habitants d’Hayange. Ironie du sort, deux bénéficiaires faisaient partie de la liste électorale de Fabien Engelmann. Preuve que le Secours populaire d’Hayange ne choisit pas son public en fonction de ses idées politiques.

 

Ixchel Delaporte

photo Olivier Coret

1 Response(s)

  1. Z says :

    16 décembre 2016

    Pareil au Blanc Mesnil. Pourtant on a pas encore le FN.

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